MÉTHODE

Comment calculer l’impact carbone d’une campagne Google Ads, Meta ou programmatic : méthode pas à pas

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Avril 2026  ·  9 min de lecture

Graphiques d'analyse des performances sur écran d'ordinateur

La méthodologie générale de mesure carbone du digital est documentée. Ce qui manque, c'est la déclinaison concrète par plateforme : quelles données collecter sur Google Ads, quelles variables entrent dans le calcul Meta, comment traiter le programmatic avec sa chaîne d'achat complexe. Voici la méthode.

La formule de base, et pourquoi elle ne suffit pas

L'empreinte carbone d'une campagne digitale repose sur un principe simple :

Formule générale

Empreinte (gCO₂e) = Volume × Facteur d'émission × Mix énergétique

Le volume, c'est le nombre d'impressions, de clics, ou de conversions selon le levier. Le facteur d'émission, c'est la quantité de CO₂ émise par unité (une impression, un email envoyé, un Go transféré). Le mix énergétique module ce facteur selon l'énergie utilisée par les serveurs et les réseaux dans le pays de diffusion.

Le problème : cette formule est correcte mais trop générique. Elle donne une empreinte globale, pas une empreinte exploitable. Pour arbitrer entre leviers, il faut descendre au niveau de chaque plateforme, chaque format, chaque configuration.

Un calcul carbone utile pour les équipes media n'est pas celui qui donne un chiffre agrégé annuel. C'est celui qui permet de comparer l'empreinte d'une campagne Search à celle d'une campagne Display sur la même période, avec les mêmes budgets.

Google Ads : Search et Display

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Google Search Ads (SEA)

Le Search est le levier le plus sobre structurellement. Il n'y a pas de chaîne d'achat programmatic : l'annonceur achète directement sur Google, qui sert l'annonce en réponse à une requête. Les émissions principales proviennent des serveurs Google, du réseau de transit, et du terminal de l'utilisateur.

Variables à collecter (Google Ads)

Nombre d'impressions (disponible dans les rapports Google Ads)
Nombre de clics
Poids moyen de la page de destination (Go) via PageSpeed ou GTmetrix
Pays de diffusion principal
Type de réseau de diffusion (fixe ou mobile, paramètre de campagne)

ImpressionÉmission serveur Google pour servir l'annonce + réseau de transit. Facteur indicatif : 0,2 à 0,5 gCO₂e par impression selon NégaOctet.
ClicChaque clic génère le chargement d'une page de destination. C'est souvent le poste le plus émetteur : une page de destination mal optimisée (images lourdes, scripts tiers) peut multiplier l'empreinte par 3 à 5.
Mix réseauLe réseau mobile (4G) consomme environ 3 à 5 fois plus d'énergie que le fixe pour transmettre la même quantité de données. Le ratio mobile/desktop de vos campagnes impacte directement l'empreinte.
Point d'attention :Google ne fournit pas les données d'empreinte de ses serveurs par campagne. Les facteurs d'émission utilisés sont donc des estimations basées sur les données publiques de NégaOctet et les rapports de durabilité Google. La précision reste indicative.
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Google Display et YouTube

Le Display et YouTube ajoutent la dimension créative à l'équation. Le format publicitaire (bannière statique, GIF animé, vidéo) change radicalement l'empreinte par impression.

Variables supplémentaires (Display / YouTube)

Format créatif : bannière statique / GIF / vidéo (poids en Ko ou Mo)
Durée de la vidéo (secondes)
Taux de visionnage réel (view-through rate)
Résolution vidéo servie (360p, 720p, 1080p)
Impressions vues vs non vues (viewability rate)

Les impressions non vues (publicités chargées mais hors écran) génèrent des émissions pour un résultat publicitaire nul. Un taux de viewability de 50% signifie que la moitié de l'empreinte est produite sans bénéfice publicitaire.

Meta Ads : Facebook, Instagram, Reels

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Meta Ads (Facebook / Instagram)

Meta présente une particularité : la consommation se passe majoritairement sur mobile, sur l'application native. Le réseau mobile et l'application sont donc les deux postes principaux à modéliser.

Variables à collecter (Meta Ads)

Impressions par format (image, carrousel, vidéo, Reels, Stories)
Poids moyen des créatifs vidéo (Mo)
Taux de visionnage vidéo (25%, 50%, 75%, 100%, disponible dans Meta Ads Manager)
Répartition iOS / Android (impacte la consommation de l'app)
Pays de diffusion (facteur énergétique du réseau local)

Format imageEmpreinte faible. Le transfert de données est limité, l'application Meta est déjà chargée sur le téléphone. Estimation : 0,3 à 0,8 gCO₂e par impression.
Vidéo / ReelsEmpreinte nettement plus élevée. Un Reel de 30 secondes regardé jusqu'au bout peut émettre 2 à 4 gCO₂e. L'autoplay (lecture automatique sans intention de visionnage) génère des émissions sans engagement réel.
StoriesFormat court, mais taux de skip élevé. L'empreinte par impression vue est similaire à la vidéo courte. L'empreinte par impression totale (vues + skips) est significativement plus faible.
Point d'attention :Meta ne publie pas ses facteurs d'émission par format ni par placement. Les calculs reposent sur des estimations issues de Greenspector et des travaux académiques sur la consommation des applications mobiles. Meta fournit uniquement des données agrégées annuelles, non exploitables pour un pilotage campagne.

Programmatic Display : la chaîne d'achat comme multiplicateur

Programmatic (Open RTB / DSP / SSP)

Le programmatic est le levier le plus complexe à calculer, parce que l'empreinte n'est pas seulement celle du créatif servi. C'est aussi celle de tous les intermédiaires techniques qui participent à chaque enchère : DSP, SSP, ad exchange, verification tools, DMP, ad server.

Structure d'émission programmatic

Empreinte totale = Empreinte serveur annonceur
+ Empreinte DSP (achat)
+ Empreinte ad exchange
+ Empreinte SSP (vente)
+ Empreinte éditeur
+ Empreinte terminal utilisateur
+ Empreinte réseau (transit entre chaque maillon)

Nb d'intermédiairesChaque intermédiaire supplémentaire dans la chaîne multiplie les requêtes serveur. Une chaîne avec 6 acteurs peut émettre 2 à 3 fois plus qu'une chaîne avec 3 acteurs pour la même impression délivrée.
Bid requestsPour chaque impression gagnée, des dizaines à des centaines de requêtes d'enchère sont perdues. Ces requêtes non abouties génèrent des émissions serveur sans publicité délivrée.
Format créatifLa vidéo outstream en programmatic peut émettre 5 à 8 fois plus qu'une bannière statique à impression égale, en raison du poids des données vidéo transférées.

Tableau récapitulatif : facteurs d'émission indicatifs par levier

Levier / FormatFacteur indicatif (gCO₂e/1000 imp.)Principale source d'émissionFiabilité estimée
Search Google (texte)0,2 – 0,5 gServeurs Google + réseauMoyenne
Display bannière statique0,5 – 1,5 gChaîne programmatic + réseauMoyenne
Display vidéo outstream3 – 8 gVidéo + chaîne programmaticFaible (variable)
Social image (Meta)0,3 – 0,8 gApp mobile + réseauMoyenne
Social vidéo / Reels2 – 4 gVidéo + réseau mobileFaible (variable)
YouTube TrueView4 – 10 gVidéo HD + serveurs GoogleFaible
Email marketing0,3 – 4 g / email envoyéServeurs d'envoi + stockageBonne (bien documenté)

Sources : NégaOctet, ADEME Base Carbone, Greenspector, Scope3. Ces valeurs sont des ordres de grandeur. La variabilité selon les configurations concrètes est significative.

Les 4 étapes pour structurer le calcul

1
Extraire les données de volume par levier et par format. Impressions, clics, vues vidéo (25%-100%) selon les plateformes. Ces données sont disponibles dans les interfaces natives (Google Ads, Meta Ads Manager, DV360, etc.) mais doivent être extraites et centralisées manuellement ou via API.
2
Choisir et documenter les facteurs d'émission. Utiliser NégaOctet pour le cadre général, ADEME Base Carbone pour les facteurs énergétiques par pays, Greenspector pour les formats spécifiques. Documenter le choix et la version du référentiel utilisé.
3
Appliquer les modules de calcul par levier. Chaque levier a une formule distincte. Ne pas appliquer le même facteur d'émission à une bannière statique et à une vidéo outstream : l'écart peut être d'un facteur 5 à 10.
4
Consolider et croiser avec la performance. Une fois les empreintes par levier calculées, les croiser avec les KPIs de performance (conversions, ROAS, CPA). C'est à cette étape que l'empreinte devient un outil d'arbitrage, pas seulement un indicateur RSE.

Ce qu'il faut retenir

Calculer l'empreinte carbone par plateforme demande de descendre à un niveau de granularité que les équipes media ne manipulent pas encore habituellement. La bonne nouvelle : les données sources existent dans les interfaces publicitaires. Ce qui manque, c'est le modèle de calcul qui les transforme en empreinte exploitable, et le lien avec la performance pour en faire un outil de décision.

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