MÉTHODE

Charlène Grenet
Avril 2026 · 10 min de lecture
Réponse courte
L'empreinte carbone d'une campagne se calcule levier par levier : Volume × Facteur d'émission × Mix énergétique. Les volumes (impressions, clics, vues vidéo) s'extraient de Google Ads et de Meta Ads Manager. Les facteurs viennent de NégaOctet, de l'ADEME Base Carbone et du référentiel SRI, car ni Google ni Meta ne publient de facteur exploitable au niveau de la campagne. Ordres de grandeur pour 1 000 impressions : 0,9 gCO₂e en search texte, 1,5 g en display statique, 1,6 g en social, 3,5 g en vidéo instream.
Publié en avril 2026. Mis à jour le 10 septembre 2026 : facteurs d'émission réalignés sur le référentiel SRI et NégaOctet, ajout du tableau de collecte par plateforme et d'une FAQ.
La méthodologie générale de mesure carbone du digital est documentée. Ce qui manque, c'est la déclinaison concrète par plateforme : quelles données collecter sur Google Ads, quelles variables entrent dans le calcul Meta, comment traiter le programmatic avec sa chaîne d'achat complexe. Voici la méthode.
Pour la vue d'ensemble levier par levier avant d'entrer dans le détail, voir ce qu'on mesure vraiment sur une campagne digitale. Ce calcul par plateforme est l'un des chapitres de notre guide complet de l'empreinte carbone des campagnes digitales, à consulter pour la vue d'ensemble. Le détail des sources et des versions de référentiels utilisées est publié sur notre page méthodologie.
L'empreinte carbone d'une campagne digitale repose sur un principe simple :
Formule générale
Empreinte (gCO₂e) = Volume × Facteur d'émission × Mix énergétique
Le volume, c'est le nombre d'impressions, de clics, ou de conversions selon le levier. Le facteur d'émission, c'est la quantité de CO₂ émise par unité (une impression, un email envoyé, un Go transféré). Le mix énergétique module ce facteur selon l'énergie utilisée par les serveurs et les réseaux dans le pays de diffusion.
Le problème : cette formule est correcte mais trop générique. Elle donne une empreinte globale, pas une empreinte exploitable. Pour arbitrer entre leviers, il faut descendre au niveau de chaque plateforme, chaque format, chaque configuration.
Avant tout calcul, il faut collecter. Voici où se trouve chaque variable dans les interfaces natives.
| Donnée | Google Ads | Meta Ads Manager | DSP programmatique |
|---|---|---|---|
| Impressions | Rapports > Campagnes | Colonne Impressions | Rapport de diffusion |
| Clics | Rapports > Campagnes | Colonne Clics sur un lien | Rapport de diffusion |
| Format créatif | Onglet Annonces | Onglet Publicités | Ad server / trafficking |
| Vues vidéo (25 à 100 %) | Colonnes vidéo YouTube | Colonnes ThruPlay et quartiles | Rapport vidéo VAST |
| Répartition réseau ou appareil | Segments > Appareil | Répartition > Plateforme | Segments appareil |
| Pays de diffusion | Segments > Zone géographique | Répartition > Pays | Segments géo |
| Poids de la page de destination | PageSpeed Insights ou GTmetrix | PageSpeed Insights ou GTmetrix | PageSpeed Insights ou GTmetrix |
| Nombre d'intermédiaires | Sans objet (achat direct) | Sans objet (achat direct) | Ads.txt et supply path du DSP |
Le Search est le levier le plus sobre structurellement. Il n'y a pas de chaîne d'achat programmatic : l'annonceur achète directement sur Google, qui sert l'annonce en réponse à une requête. Les émissions principales proviennent des serveurs Google, du réseau de transit, et du terminal de l'utilisateur.
Variables à collecter (Google Ads)
Nombre d'impressions (disponible dans les rapports Google Ads)
Nombre de clics
Poids moyen de la page de destination (Go) via PageSpeed ou GTmetrix
Pays de diffusion principal
Type de réseau de diffusion (fixe ou mobile, paramètre de campagne)
Le Display et YouTube ajoutent la dimension créative à l'équation. Le format publicitaire (bannière statique, GIF animé, vidéo) change radicalement l'empreinte par impression.
Variables supplémentaires (Display / YouTube)
Format créatif : bannière statique / GIF / vidéo (poids en Ko ou Mo)
Durée de la vidéo (secondes)
Taux de visionnage réel (view-through rate)
Résolution vidéo servie (360p, 720p, 1080p)
Impressions vues vs non vues (viewability rate)
Les impressions non vues (publicités chargées mais hors écran) génèrent des émissions pour un résultat publicitaire nul. Un taux de viewability de 50 % signifie que la moitié de l'empreinte est produite sans bénéfice publicitaire. Ce point est développé dans l'article viewability et carbone.
Meta présente une particularité : la consommation se passe majoritairement sur mobile, sur l'application native. Le réseau mobile et l'application sont donc les deux postes principaux à modéliser.
Variables à collecter (Meta Ads)
Impressions par format (image, carrousel, vidéo, Reels, Stories)
Poids moyen des créatifs vidéo (Mo)
Taux de visionnage vidéo (25 %, 50 %, 75 %, 100 %, disponible dans Meta Ads Manager)
Répartition iOS / Android (impacte la consommation de l'app)
Pays de diffusion (facteur énergétique du réseau local)
Le programmatic est le levier le plus complexe à calculer, parce que l'empreinte n'est pas seulement celle du créatif servi. C'est aussi celle de tous les intermédiaires techniques qui participent à chaque enchère : DSP, SSP, ad exchange, verification tools, DMP, ad server.
Structure d'émission programmatic
Empreinte totale = Empreinte serveur annonceur
+ Empreinte DSP (achat)
+ Empreinte ad exchange
+ Empreinte SSP (vente)
+ Empreinte éditeur
+ Empreinte terminal utilisateur
+ Empreinte réseau (transit entre chaque maillon)
Réduire le nombre d'intermédiaires agit simultanément sur les coûts et sur les émissions. C'est l'objet de la supply path optimization.
| Levier / Format | Facteur de référence | Principale source d'émission | Fiabilité |
|---|---|---|---|
| Search texte (Google Ads) | ~0,9 g / 1 000 imp. | Serveurs Google et réseau | Bonne (référentiel SRI) |
| Display statique | ~1,5 g / 1 000 imp. | Chaîne programmatic et réseau | Bonne (référentiel SRI) |
| Social (Meta, image) | ~1,6 g / 1 000 imp. | App mobile et réseau | Bonne (référentiel SRI) |
| Vidéo instream | ~3,5 g / 1 000 imp. | Vidéo et réseau | Bonne (référentiel SRI) |
| Vidéo outstream / rich media | Supérieur à l'instream, très variable | Poids vidéo et chaîne d'achat | Faible (dépend du watch-time réel) |
| Transport réseau fixe | 4,43 g / Go | Réseau de transit France | Bonne (NégaOctet France) |
| Streaming 1080p fixe | 62,2 g / heure | Vidéo, réseau, terminal | Bonne (NégaOctet France) |
Sources : référentiel SRI (Syndicat des Régies Internet), NégaOctet, ADEME Base Carbone. Ces valeurs sont des facteurs de référence. La variabilité selon les configurations concrètes reste significative, en particulier sur la vidéo et le programmatique.
La formule est simple. Sa mise en oeuvre bute toujours sur les mêmes quatre obstacles, et aucun n'est théorique.
Un repère pour prioriser : 20 % des leviers représentent souvent 80 % de l'empreinte. Commencer par les plus gros volumes rend l'effort de collecte rentable dès la première année.
Empreinte (gCO₂e) = Volume × Facteur d'émission × Mix énergétique. Le volume correspond aux impressions, clics ou vues vidéo. Le facteur d'émission provient des référentiels NégaOctet, ADEME Base Carbone ou du référentiel SRI. Le mix énergétique module le facteur selon le pays de diffusion. Cette formule doit être déclinée par levier et par format : un même facteur appliqué à une bannière statique et à une vidéo outstream fausse le résultat d'un facteur 5 à 10.
Google Ads fournit les impressions, les clics et la répartition par réseau dans ses rapports standards. Meta Ads Manager fournit les impressions par format et les taux de visionnage vidéo à 25, 50, 75 et 100 pour cent. Ces données s'exportent manuellement ou par API. Le poids de la page de destination se mesure avec PageSpeed Insights ou GTmetrix.
Non. Google déploie une fonctionnalité Empreinte Carbone dans Google Ads, sans documentation publique complète de sa méthodologie. Meta publie des données agrégées annuelles au niveau du compte, pas au niveau de la campagne. Les calculs par campagne reposent donc sur des facteurs publics externes : NégaOctet, ADEME Base Carbone et référentiel SRI.
Parce que l'empreinte ne se limite pas au créatif servi. Chaque impression mobilise une chaîne d'intermédiaires : DSP, ad exchange, SSP, outils de vérification, ad server. Pour chaque impression gagnée, des dizaines à des centaines de requêtes d'enchère sont perdues et consomment quand même des serveurs. Une chaîne à 6 intermédiaires peut émettre 2 à 3 fois plus qu'une chaîne à 3 intermédiaires pour la même impression délivrée.
Des ordres de grandeur fiables, pas une mesure au gramme près. L'email marketing est le poste le mieux documenté. La vidéo et le programmatique restent les plus variables, car ils dépendent du poids réel des créatifs, du taux de visionnage et de la longueur de la chaîne d'achat. Pour un reporting CSRD, l'important est de documenter le référentiel utilisé et sa version, et de tracer la provenance de chaque donnée d'entrée.
Ce qu'il faut retenir
Calculer l'empreinte carbone par plateforme demande de descendre à un niveau de granularité que les équipes media ne manipulent pas encore habituellement. La bonne nouvelle : les données sources existent dans les interfaces publicitaires. Ce qui manque, c'est le modèle de calcul qui les transforme en empreinte exploitable, et le lien avec la performance pour en faire un outil de décision. Vous pouvez tester la méthode sur vos propres volumes avec le simulateur gratuit.
Carbalytics fait le calcul plateforme par plateforme sur vos données réelles.
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