GUIDE COMPLET

Charlène Grenet
Avril 2026 · 12 min de lecture
Mesurer, calculer, arbitrer, se conformer à la CSRD, choisir ses outils et ses partenaires. Ce guide centralise tout ce que les équipes media doivent comprendre sur l'empreinte carbone du digital, avec les liens vers chaque sujet approfondi.
Dans cet article
Chaque publicité digitale mobilise une infrastructure physique : des serveurs qui traitent des enchères en quelques millisecondes, des réseaux qui transfèrent des données, des terminaux qui chargent des créatifs. Chaque maillon de cette chaîne consomme de l'électricité. Cette électricité, produite à partir d'un mix énergétique plus ou moins carboné selon les pays, génère des émissions de CO₂.
Ce n'est pas marginal. Une campagne display à 50 millions d'impressions, même sobre dans ses configurations, peut représenter plusieurs tonnes de CO₂. À l'échelle d'un plan media annuel pour une marque de taille moyenne, on parle de dizaines à centaines de tonnes.
Trois facteurs déterminent l'empreinte d'une campagne : le volume (impressions, clics, envois), le format (bannière statique vs vidéo vs email), et la chaîne technique (achat direct vs programmatic avec 8 intermédiaires). Ces trois dimensions expliquent pourquoi deux campagnes au même budget peuvent avoir des empreintes radicalement différentes.
Le marché des outils de mesure carbone du digital s'est étoffé depuis 2023. Calculateurs gratuits pour les sites web, modules intégrés dans les DSP, outils spécialisés media : l'offre existe. Mais tous ne mesurent pas la même chose.
Mesurent l'empreinte par visite d'une page. Utiles pour optimiser les landing pages. Ne couvrent pas les leviers media.
Données fragmentées par plateforme, méthodologies hétérogènes, insuffisantes pour un reporting CSRD consolidé.
Couvrent le mix media complet avec une méthodologie documentée. Seule approche qui permet l'arbitrage multi-leviers.
La formule générale est simple : empreinte = volume × facteur d'émission × mix énergétique. Mais sa déclinaison par plateforme demande de collecter des données différentes et d'appliquer des modèles distincts.
| Plateforme | Variable clé | Principal poste d'émission |
|---|---|---|
| Google Search | Impressions + poids page de destination | Landing page chargée par chaque clic |
| Google Display / YouTube | Format créatif + taux de complétion vidéo | Vidéo HD + chaîne d'achat |
| Meta (FB/IG/Reels) | Format + réseau mobile + pays | Vidéo autoplay sur réseau mobile |
| Programmatic | Nb d'intermédiaires + format + viewability | Chaîne d'achat × nb de bid requests |
| Email marketing | Volume + taux d'ouverture + poids email | Envois sur contacts inactifs |
Comprendre l'empreinte carbone des campagnes, c'est d'abord comprendre les écarts entre leviers. Ces écarts sont souvent bien plus importants que ce que les équipes imaginent, et c'est précisément là que se trouvent les opportunités d'arbitrage.
200 à 800 gCO₂e pour 1 million d'impressions. L'absence de chaîne d'achat complexe et le format léger limitent les émissions.
3 000 à 10 000 gCO₂e pour 1 million d'impressions, jusqu'à 50 fois plus que le search texte. La vidéo HD + la chaîne programmatic expliquent cet écart.
Le display vidéo outstream peut émettre jusqu'à 1 000 fois plus par conversion que le search, parce que son taux de conversion est très faible.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose un reporting Scope 3 détaillé aux entreprises à partir de certains seuils. Les achats de publicité digitale entrent dans le Scope 3 catégorie 1. Ce n'est pas optionnel.
Entreprises de plus de 500 salariés : exercice 2024, rapport 2025. Plus de 250 salariés ou 40 M€ CA : exercice 2025, rapport 2026. PME cotées : exercice 2026.
C'est de ne pas avoir de données du tout, ou des données avec une méthodologie non sourcée, insuffisante pour l'audit du commissaire aux comptes.
L'équipe conformité sait que le digital est dans le périmètre. L'équipe media a les données. Ces deux équipes ne se parlent pas encore sur ce sujet dans la majorité des entreprises.
La réduction de l'empreinte carbone des campagnes ne demande pas de tout réinventer. Dans la majorité des configurations, les leviers les plus émetteurs sont aussi les moins efficaces. Agir sur eux améliore simultanément l'empreinte et la performance.
Gain potentiel : 60 à 70% de réduction sur l'empreinte vidéo outstream. Aucun impact sur la performance mesurée.
Une bannière de 500 Ko émet 5 à 10 fois plus qu'une bannière de 50 Ko. Un plafond de poids créatif est la première action à mettre en place.
Supply path optimization (SPO) : chaque intermédiaire supprimé réduit les émissions et les coûts d'intermédiation. Double bénéfice.
Google, Meta, The Trade Desk affichent des engagements carbone. Ces engagements sont réels sur leurs opérations propres (datacenters, bureaux). Mais ils ne répondent pas à la question qui compte pour les annonceurs : quelle est l'empreinte des campagnes que je diffuse sur leur plateforme ?
Comprendre la différence entre l'empreinte opérationnelle d'une plateforme et l'empreinte qu'elle génère pour ses annonceurs est indispensable pour ne pas confondre communication RSE et données exploitables.
De plus en plus d'agences se revendiquent éco-responsables. Rares sont celles qui peuvent répondre précisément à : « Sur mes campagnes du trimestre dernier, quelle est l'empreinte par levier, calculée sur quel référentiel ? » C'est cette question qui distingue les agences qui ont construit une expertise réelle de celles qui ont ajouté une slide RSE dans leur deck.
Mesurer l'empreinte de ses campagnes sans mesurer l'empreinte des pages de destination qu'elles génèrent, c'est mesurer la moitié du problème. Sur une campagne Search à fort volume de clics, la page de destination peut représenter 40 à 60% de l'empreinte totale par conversion.
Ce lien est aussi une opportunité : alléger une page de destination à fort trafic payant peut réduire l'empreinte media plus efficacement que la plupart des optimisations de plan.
Le volume d'informations dans ce guide peut sembler intimidant. En pratique, la démarche se structure en quelques étapes claires, dans le bon ordre.
Checklist de démarrage : 5 étapes
Ce qu'il faut retenir
L'empreinte carbone des campagnes digitales n'est pas un sujet RSE séparé du pilotage media. C'est un critère de performance comme le ROAS ou le CPA, qui permet d'identifier les leviers inefficaces à la fois sur la performance et sur l'impact, et de les réallouer vers des leviers meilleurs sur les deux dimensions.
La mesure est le point de départ non-négociable. Sans donnée par levier, l'arbitrage est impossible. Avec elle, 20 à 30% de réduction d'empreinte est atteignable sans perte de performance dans la quasi-totalité des plans media.
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