DONNÉES & BENCHMARKS

Empreinte carbone des campagnes digitales : les ordres de grandeur que les équipes media ignorent

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Avril 2026  ·  7 min de lecture

Balance de mesure illustrant les ordres de grandeur de l'empreinte carbone des campagnes media

On sait que les campagnes digitales ont une empreinte carbone. Mais combien ? Un aller-retour Paris-New York, 5 voitures, 50 maisons ? Les comparaisons existent mais restent floues dans les esprits des équipes media. Voici les données chiffrées qui changent la façon de voir ses plans.

Le problème des estimations vagues

L'empreinte carbone du numérique est souvent citée à l'échelle mondiale : « le numérique représente 4% des émissions mondiales de GES », dit-on. Ce chiffre est exact mais inutilisable pour une équipe media. Il ne dit rien sur l'empreinte d'une campagne Google Ads de 50 000 euros, d'un email envoyé à 500 000 contacts, ou d'une vidéo YouTube diffusée 10 millions de fois.

La précision commence quand on descend à l'échelle des leviers. Et c'est là que les écarts deviennent significatifs, et exploitables.

4%
des émissions mondiales de GES attribuées au numérique (estimation 2024)
×10
l'écart d'empreinte entre une bannière statique et une vidéo outstream programmatic
~30%
d'empreinte évitable en moyenne avec un arbitrage ciblé sur les leviers les moins efficients

Par levier : ce que 1 million d'impressions représente vraiment

L'unité de référence pour comparer les leviers est l'empreinte pour 1 million d'impressions (1M imp.). C'est l'unité que les équipes media manipulent déjà, et qui permet de comparer des leviers à budget équivalent.

Search Google (texte)200 – 500 gCO₂e / 1M imp.
Social image statique (Meta, LinkedIn)300 – 800 gCO₂e / 1M imp.
Display bannière statique (programmatic)500 – 1 500 gCO₂e / 1M imp.
Email marketing (HTML avec images)1 000 – 4 000 gCO₂e / 1M envois
Social vidéo / Reels (30s)2 000 – 4 000 gCO₂e / 1M imp.
Display vidéo outstream (programmatic)3 000 – 8 000 gCO₂e / 1M imp.
YouTube TrueView (15-30s, HD)4 000 – 10 000 gCO₂e / 1M imp.

Sources : NégaOctet, ADEME Base Carbone, Greenspector, Scope3. Valeurs indicatives, la variabilité selon les configurations est significative.

1 million d'impressions vidéo outstream en programmatic = entre 3 et 8 kg de CO₂. Un plan media à 100 millions d'impressions video peut représenter 300 à 800 kg de CO₂ : l'équivalent de plusieurs allers Paris-Marseille en voiture.

Les comparaisons qui parlent aux équipes media

Bannière statique vs vidéo outstream : le même budget, pas la même empreinte

Campagne display à 50 000 impressions/jour : comparaison bannière vs vidéo
Bannière statique
~37 gCO₂e/jour
50 000 impressions × 0,75 gCO₂e moyen
Vidéo outstream
~275 gCO₂e/jour
50 000 impressions × 5,5 gCO₂e moyen

Sur un mois, la différence représente environ 7 kg de CO₂ pour le même nombre d'impressions. À l'échelle d'un plan media annuel à plusieurs centaines de millions d'impressions, l'écart devient substantiel.

Le programmatic vs l'achat direct : le coût de la chaîne

Même bannière, même éditeur : programmatic open vs achat direct
Achat direct éditeur
~0,5 gCO₂e/imp.
2 à 3 acteurs dans la chaîne
Programmatic open market
~1,5 gCO₂e/imp.
6 à 8 acteurs dans la chaîne

Le programmatic open market émet en moyenne 2 à 3 fois plus que l'achat direct pour la même impression délivrée. La complexité de la chaîne d'achat est directement traduite en émissions serveur.

L'email à une base propre vs une base non nettoyée

L'empreinte de l'email marketing est souvent sous-estimée parce qu'elle inclut deux postes peu visibles : le stockage des bases de données et les envois sur contacts inactifs.

Scénario emailVolume envoyéTaux d'ouvertureEmpreinte estimée
Base propre, contacts actifs100 00035%~120 gCO₂e
Base non nettoyée, avec inactifs100 00012%~120 gCO₂e
Résultat utile (ouvertures)35 000 vs 12 000:Même empreinte, 3× moins d'impact

La même empreinte carbone, pour 3 fois moins de résultat. L'empreinte au contact utile (personne ayant ouvert l'email) est radicalement différente entre une base propre et une base avec 70% d'inactifs.

L'empreinte par conversion : la donnée qui change les arbitrages

L'empreinte brute par impression est utile pour comparer des leviers. Mais l'empreinte par conversion est ce qui change réellement les décisions d'allocation.

LevierEmpreinte / 1M imp.Taux de conversion typiqueEmpreinte / conversion
Search Google~400 g3 – 5%8 – 15 g / conv.
Display bannière~800 g0,05 – 0,2%400 – 1 600 g / conv.
Social image~500 g0,5 – 2%25 – 100 g / conv.
Vidéo outstream~5 000 g0,02 – 0,1%5 000 – 25 000 g / conv.

Le display vidéo outstream émet jusqu'à 1 000 fois plus par conversion que le search. C'est un écart qui justifie une reconsidération de l'allocation, surtout quand les objectifs de performance ne sont pas au rendez-vous sur ce levier.

Ce qu'il faut retenir

Les ordres de grandeur par levier existent et sont accessibles. Ce qui change les décisions, c'est l'empreinte par conversion, pas l'empreinte brute. Un levier peut sembler sobre en absolu et être désastreux en ratio empreinte/résultat. C'est à cette échelle que les arbitrages deviennent possibles.

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