STRATÉGIE ET RÉDUCTION

Charlène Grenet
Mai 2026 · 8 min de lecture
Réduire son Scope 3, c'est d'abord savoir où il se trouve. Pour une direction marketing, la cartographie est souvent surprenante : les achats media peuvent représenter le premier ou deuxième poste d'émission Scope 3, devant les déplacements et parfois devant l'ensemble des achats de fournitures. Voici les leviers actionnables, dans le bon ordre.
C'est la règle que tout le monde connaît et que peu appliquent : on ne réduit pas ce qu'on ne mesure pas. Avant d'identifier des leviers de réduction, il faut une donnée de base par poste.
Pour les achats media digitaux, cela signifie une empreinte par levier (search, display, social, programmatic, email) avec les volumes correspondants. Sans cette granularité, impossible de savoir si le programmatic vidéo représente 5% ou 60% de l'empreinte totale et où concentrer les efforts.
La méthodologie de mesure carbone pour le digital explique les référentiels à utiliser pour obtenir une donnée structurée et auditable.
C'est le levier le plus puissant et le moins utilisé. L'empreinte carbone varie d'un facteur 10 à 50 entre les leviers les plus sobres (search texte, social image statique) et les plus émetteurs (vidéo outstream programmatic, YouTube haute définition).
Un arbitrage ciblé sur les leviers avec le moins bon ratio empreinte/performance peut réduire l'empreinte totale de 20 à 30% sans perte de performance mesurable. Comment arbitrer entre performance et empreinte détaille la matrice à 4 quadrants pour structurer cet arbitrage.
Les arbitrages les plus fréquents :
Chaque intermédiaire dans la chaîne programmatic (DSP, SSP, ad network, trading desk tiers) génère des requêtes serveur supplémentaires. Une chaîne avec 8 acteurs émet 2 à 3 fois plus qu'une chaîne directe à 3 acteurs pour la même impression délivrée.
La supply path optimization (SPO) réduit simultanément les coûts d'intermédiation et l'empreinte carbone. C'est le levier à double bénéfice le plus évident, souvent déjà dans les priorités des équipes trading pour des raisons purement économiques.
Les bases email non nettoyées sont une source d'émissions Scope 3 souvent invisible. Envoyer un email à un contact inactif depuis 18 mois génère la même empreinte qu'à un contact engagé, pour zéro résultat. Sur une base avec 60% d'inactifs, 60% de l'empreinte email est produite sans aucun retour.
La démarche : définir un seuil d'inactivité, campagne de réactivation, suppression des non-réactivés. Un nettoyage annuel suffit. Gain estimé : réduction proportionnelle au taux d'inactifs, souvent entre 30 et 50% de l'empreinte email.
La réduction du Scope 3 passe aussi par le choix des fournisseurs. Deux agences media avec les mêmes budgets gérés peuvent générer des empreintes très différentes selon leurs pratiques de pilotage (SPO, formats recommandés, viewability minimale exigée).
Intégrer un critère carbone dans les appels d'offres agence n'est pas une démarche militante : c'est une façon de responsabiliser la chaîne d'achat sur un poste qui figure dans votre Scope 3. Le guide pour choisir une agence avec de vraies capacités carbone donne les questions à poser en AO.
Les critères à intégrer dans le contrat de mandat :
Ce levier est souvent oublié parce qu'il se situe à la frontière entre le digital et la technique. Pourtant, pour une campagne search à fort volume de clics, la landing page peut représenter 40 à 60% de l'empreinte totale par conversion.
Une page de destination qui passe de 3 Mo à 800 Ko divise l'empreinte par clic par un facteur 3 à 4. L'effet sur les coûts est également positif : un score de qualité Google Ads plus élevé, un taux de conversion mobile amélioré.
Les abonnements SaaS marketing (CRM, marketing automation, analytics, DMP) entrent tous en Scope 3 catégorie 1. La plupart des grandes plateformes publient leurs engagements carbone, mais ils portent sur leurs opérations propres, pas sur l'empreinte générée par votre usage.
Le levier ici est limité mais réel : préférer des fournisseurs hébergeant en Europe (mix électrique moins carboné qu'en Asie ou en Amérique du Nord) et qui publient un bilan GES auditable. Pour les outils critiques, intégrer ce critère dans les renouvellements de contrat.
Deux approches à éviter :
La compensation sans mesure préalable. Acheter des crédits carbone sans avoir mesuré l'empreinte réelle revient à compenser un chiffre arbitraire. La CSRD exige une donnée mesurée et documentée, pas compensée.
Les objectifs de réduction sans baseline. Se fixer « -30% d'empreinte media d'ici 2027 » sans mesure de départ en 2025 est un engagement impossible à vérifier à l'audit.
Pour aller plus loin
Carbalytics mesure l'empreinte de vos campagnes par levier et simule les scénarios de réduction avec leur impact sur la performance.