MÉTHODOLOGIE
Une mesure carbone n'a de valeur que si elle est méthodologiquement solide. Voici ce qu'on utilise, pourquoi, et ce que ça permet de calculer, et de ne pas calculer.
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Une empreinte carbone calculée sans référentiel partagé ne vaut rien pour un reporting. Elle ne peut pas être comparée d'une année sur l'autre. Elle ne peut pas être auditée. Elle ne peut pas être mise en regard d'un benchmark sectoriel.
La multiplication des approches "maison" dans les premières années de la mesure carbone digitale a produit des résultats incomparables et parfois contradictoires. Deux entreprises du même secteur, avec les mêmes budgets digitaux, pouvaient afficher des empreintes radicalement différentes selon leurs hypothèses.
Les référentiels standardisés résolvent ce problème. Ils définissent quoi mesurer, comment, avec quels facteurs d'émission et selon quelle granularité. Ils sont mis à jour régulièrement pour refléter l'évolution des infrastructures et des mix énergétiques. Et ils sont publics, ce qui permet la vérification externe exigée par la CSRD.
Un chiffre d'empreinte sans référentiel sourcé n'est pas un indicateur. C'est une estimation. La différence compte dès que vous devez le défendre devant un auditeur ou une direction générale.
NégaOctet est un référentiel français développé par un consortium d'acteurs du numérique et de la recherche, piloté par le Bureau de Normalisation des Télécommunications (BNT). Il fait référence en France pour la mesure de l'empreinte environnementale des services numériques.
NégaOctet fournit un cadre méthodologique complet pour évaluer l'impact environnemental des services numériques selon une approche cycle de vie (ACV). Il couvre l'ensemble de la chaîne : fabrication des équipements, usage, fin de vie.
Pour l'usage opérationnel qui nous concerne, il fournit des facteurs d'émission par type d'équipement terminal (ordinateur fixe, portable, smartphone, tablette, télévision connectée), par type de réseau (wifi, 4G, 5G, fibre, ADSL) et par type de datacenter (localisation, certification, PUE moyen).
NégaOctet sert de cadre structurant pour décomposer les émissions d'un service numérique en trois blocs : les terminaux utilisateurs (l'équipement qui affiche la publicité ou charge le site), les réseaux (la transmission des données), et les datacenters (les serveurs qui stockent et servent les contenus).
Pour une campagne publicitaire, cela permet de calculer l'empreinte liée à l'affichage côté utilisateur, en fonction du type de terminal et de réseau dominant dans l'audience ciblée.
La Base Carbone est la base de données officielle des facteurs d'émission gérée par l'ADEME (Agence de la Transition Écologique). C'est la référence nationale pour les bilans carbone réalisés en France, et elle est reconnue dans le cadre du GHG Protocol au niveau européen.
La Base Carbone recense les facteurs d'émission pour des milliers de postes : mix électriques par pays (en kgCO₂e/kWh), consommations énergétiques par type d'équipement, transports, matériaux. Pour le numérique, elle fournit notamment les facteurs d'émission du mix électrique français et européen, mis à jour annuellement.
L'ADEME Base Carbone intervient principalement pour la conversion énergie vers CO₂. Une fois que NégaOctet nous a donné la consommation électrique en kWh d'un levier digital, la Base Carbone nous donne le facteur d'émission correspondant selon le pays de diffusion.
C'est aussi la référence pour le cadrage Scope 1/2/3 et la structuration des postes d'émission selon les catégories du GHG Protocol, ce qui est indispensable pour un reporting CSRD.
Le SRI, Syndicat des Régies Internet, publie les facteurs d'émission de la publicité digitale en France. Les travaux conjoints de l'ARCOM, de l'ARCEP et de l'ADEME couvrent de leur côté le streaming vidéo, exprimé en grammes de CO₂e par heure visionnée.
Là où NégaOctet et l'ADEME fournissent le cadre général du numérique, ces deux sources descendent au niveau du format publicitaire. Le display statique se situe autour de 1,5 gCO₂e pour 1 000 impressions. La vidéo instream monte vers 3,5 gCO₂e pour 1 000 impressions, et le search texte descend autour de 0,9.
Ces écarts sont la matière première de l'arbitrage. Sans eux, comparer un levier à un autre sur une base homogène n'a pas de sens.
Le facteur SRI s'applique aux impressions servies, corrigé par le multiplicateur du format réellement diffusé. Sur la vidéo, quand la régie fournit le temps de visionnage, le calcul bascule sur les facteurs de streaming ARCOM, ARCEP et ADEME 2024 et remplace le terme impressions.
NégaOctet cadre la méthode. L'ADEME fournit les facteurs d'émission du mix électrique. Le SRI et l'ARCOM donnent les facteurs par format publicitaire. Les trois ensemble donnent une mesure à la fois rigoureuse et granulaire.
Dans la pratique d'une mission Carbalytics, les trois référentiels interviennent à des étapes différentes du calcul.
Pour chaque levier analysé, on identifie les composants de la chaîne : terminal utilisateur, réseau, datacenter côté plateforme, éventuelle chaîne publicitaire intermédiaire. NégaOctet fournit le cadre de cette décomposition.
Pour chaque composant, on applique un facteur de consommation électrique en kWh par unité d'usage (par impression, par Go transféré, par heure d'usage). Le référentiel SRI fournit les facteurs spécifiques aux formats publicitaires, et les travaux ARCOM, ARCEP et ADEME ceux de la vidéo au temps de visionnage. NégaOctet fournit les facteurs génériques pour les réseaux et terminaux.
La consommation en kWh est convertie en kgCO₂e en appliquant le facteur d'émission du mix électrique local, issu de la Base Carbone ADEME. Ce facteur varie selon le pays de diffusion.
Les émissions calculées sont organisées selon les catégories Scope 3 pertinentes, en vue de l'intégration dans un reporting CSRD ou un bilan GES.
Calculer l'empreinte carbone d'une campagne par levier, format et plateforme. Comparer des leviers entre eux sur une même échelle. Simuler des scénarios de réduction. Produire une donnée structurée pour un reporting Scope 3. Suivre l'évolution de l'empreinte dans le temps.
Aucune méthode n'est parfaite, et la transparence sur les limites fait partie de la rigueur méthodologique.
Les facteurs d'émission sont des moyennes. Un facteur de consommation par format publicitaire est calculé sur un panel d'appareils et de conditions de test, pas sur chaque impression individuelle. La mesure est une estimation rigoureuse, pas une comptabilité exacte.
Les plateformes ne publient pas tout. Meta, Google et TikTok ne communiquent pas leurs consommations énergétiques au niveau de chaque format ou campagne. Les facteurs utilisés sont des mesures et des modélisations indépendantes, issues du SRI, de NégaOctet et des travaux ARCOM, ARCEP et ADEME, pas des données fournies par les plateformes.
Les mix énergétiques évoluent. Le facteur d'émission du mix électrique français change chaque année selon la production nucléaire, l'hydraulique, les renouvelables. Les calculs rétrospectifs doivent utiliser les facteurs de l'année concernée.
Le domaine évolue vite. Plusieurs chantiers en cours vont affiner la mesure dans les prochaines années.
La standardisation européenne progresse. L'IAB Europe travaille sur un standard de mesure de l'empreinte carbone publicitaire. Des initiatives sectorielles comme le Sustainable Digital Infrastructure Alliance (SDIA) avancent sur les datacenters. Ces standards, quand ils seront adoptés, permettront une comparabilité accrue entre acteurs.
Les plateformes commencent à publier des données. Google a lancé des outils de mesure d'empreinte pour certains formats. Meta publie des données d'empreinte globale. Cette transparence, encore partielle, devrait s'améliorer sous la pression réglementaire.
Carbalytics suit ces évolutions et met à jour sa méthodologie en conséquence. Chaque rapport documente la version des référentiels utilisés.
On documente tout. Si vous voulez comprendre comment un chiffre est calculé avant de l'intégrer à votre reporting, on peut vous l'expliquer en 30 minutes.