RÉFÉRENTIELS ET NORMES

Le référentiel SRI / Alliance Digitale V2 : ce qu'il dit, ce qu'il ne couvre pas

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Mai 2026  ·  9 min de lecture

Document de référence méthodologique du SRI et Alliance Digitale pour la mesure carbone des campagnes publicitaires digitales

Publié en octobre 2021 par le SRI (Syndicat des Régies Internet) et mis à jour en mai 2023 en partenariat avec Alliance Digitale, le référentiel de calcul de l'empreinte carbone des campagnes digitales est aujourd'hui le standard français du secteur. Il est co-construit avec les acteurs de la mesure carbone (Carbone4, Ekimetrics, Fifty-Five, Greenbids, IMPACT+, Scope3 entre autres) et disponible en open source. Voici ce qu'il contient, comment il s'applique, et où il atteint ses limites.

Pourquoi ce référentiel existe

Avant 2021, chaque acteur du marché appliquait sa propre méthode de calcul. Deux campagnes identiques pouvaient afficher des empreintes radicalement différentes selon les hypothèses retenues. Cette hétérogénéité rendait les données incomparables et inutilisables pour un reporting fiable.

Le référentiel SRI a été créé pour résoudre ce problème : établir un langage commun, des facteurs d'émission partagés et une méthode de calcul harmonisée applicable à tous les acteurs de la chaîne publicitaire, quelle que soit leur taille.

Le référentiel n'est pas un outil de calcul. C'est un cadre méthodologique qui définit quoi mesurer, comment le mesurer, et avec quels facteurs d'émission. Chaque acteur construit son outil sur cette base.

Ce que couvre la V2 (mai 2023)

La V2 élargit significativement le périmètre de la V1. Elle couvre désormais l'ensemble de la chaîne de diffusion publicitaire digitale, côté achat comme côté vente.

Les composants mesurés :

Le terminal utilisateur (ordinateur, smartphone, tablette, CTV) avec ses facteurs de consommation par type et par réseau
Les réseaux de transit (fibre, wifi, 4G, 5G) avec les facteurs d'émission par Go transféré
Les serveurs côté diffusion (ad servers, plateformes d'achat et de vente, CDN)
Les créatifs publicitaires (poids des fichiers, format, durée pour la vidéo)

Les leviers couverts :

Display programmatic (bannières statiques, animées, rich media)
Vidéo (instream, outstream, CTV)
Search (avec les spécificités de la chaîne Google)
Social (avec des facteurs génériques, moins granulaires que pour le programmatic)
Audio digital

La structure en trois niveaux de précision : le référentiel propose trois niveaux de granularité selon les données disponibles. Le niveau 1 (données minimales : format, dimensions, volume d'impressions) donne une estimation. Le niveau 2 ajoute les données de terminal et de réseau. Le niveau 3 intègre les données spécifiques à chaque plateforme et inventaire. Plus le niveau est élevé, plus la mesure est précise et plus la collecte de données est exigeante.

Comment il s'articule avec les autres référentiels

Le référentiel SRI ne fonctionne pas seul. Il s'appuie sur deux sources de données complémentaires. NégaOctet fournit les facteurs de consommation par type d'équipement et de réseau. L'ADEME Base Carbone fournit les facteurs d'émission du mix électrique par pays, pour convertir les kWh en kgCO2e.

La Base de Données (BDD) open source publiée avec le référentiel rassemble les valeurs par défaut pour les niveaux 2 et 3, ce qui permet de calculer même sans données propriétaires de la plateforme.

La méthodologie complète de Carbalytics détaille comment ces trois référentiels s'articulent dans la pratique d'une mission de mesure.

Ce que le référentiel ne couvre pas

Le référentiel est honnête sur ses limites, et c'est une de ses forces. Plusieurs périmètres sont explicitement hors scope dans la V2 :

Les émissions de fabrication des équipements

Le référentiel mesure l'usage, pas le cycle de vie complet des terminaux et des serveurs. L'empreinte de la fabrication d'un smartphone est exclue, même si elle représente souvent 70 à 80% de l'empreinte totale de l'appareil sur sa durée de vie.

Les émissions des datacenters des plateformes au-delà de la diffusion

La consommation des serveurs de Google ou Meta pour leurs opérations internes (R&D, algorithmes de recommandation, stockage des données utilisateurs) n'est pas incluse. Seule la partie diffusion publicitaire est couverte.

Les émissions de la production créative

Le tournage d'une vidéo publicitaire, le travail des équipes créatives, les déplacements associés : tout ce qui précède la diffusion n'entre pas dans le périmètre du référentiel.

La granularité par inventaire spécifique

Le référentiel donne des facteurs par type de format et de levier. Il ne donne pas l'empreinte spécifique d'un placement sur tel site ou telle application en particulier.

Pourquoi la conformité au référentiel compte pour la CSRD

Le référentiel SRI/Alliance Digitale est cité dans le Méta-référentiel de l'Union des Marques (2023) comme cadre de référence pour la mesure de l'empreinte carbone des campagnes digitales. Il est reconnu par les auditeurs du secteur comme la méthode adaptée pour structurer les données Scope 3 catégorie 1 liées aux achats media.

En pratique, un reporting CSRD qui s'appuie sur ce référentiel est mieux armé pour passer un audit qu'un reporting basé sur une méthode propriétaire non documentée. La piste d'audit (sources de données, version du référentiel utilisée, hypothèses documentées) est la condition de la conformité.

La méthode de calcul par plateforme montre concrètement comment appliquer le référentiel à Google Ads, Meta et le programmatic.

Les limites à surveiller dans les prochaines versions

Le référentiel est présenté comme une matière vivante, mise à jour en fonction des évolutions du marché. Plusieurs chantiers sont en cours qui pourraient modifier les facteurs dans les prochaines versions :

L'évolution des mix énergétiques des datacenters (transition vers les renouvelables chez les grandes plateformes)
L'émergence de données propriétaires publiées par Google et Meta
L'harmonisation européenne via l'IAB Europe, dont Alliance Digitale préside le comité durabilité
L'intégration progressive des émissions 5G, dont les facteurs sont encore mal documentés

Toute entreprise qui utilise le référentiel doit documenter la version utilisée et mettre à jour ses calculs quand une nouvelle version est publiée, pour maintenir la comparabilité dans le temps.

Pour aller plus loin

Vous appliquez le référentiel SRI/Alliance Digitale à vos campagnes ?

Carbalytics base ses calculs sur le référentiel SRI/Alliance Digitale V2, NégaOctet et l'ADEME Base Carbone. La donnée est structurée pour être auditable.

Voir la méthodologie