SCOPE ET RÉGLEMENTATION

Charlène Grenet
Mai 2026 · 9 min de lecture
La CSRD impose aux entreprises de déclarer leurs émissions de gaz à effet de serre selon une structure en trois scopes. Les équipes marketing découvrent souvent cette structure au moment où leur direction RSE leur demande des données. Ce guide explique ce que chaque scope couvre, pourquoi le Scope 3 concentre l'essentiel des enjeux, et ce que ça signifie concrètement pour les activités digitales.
Le cadre des trois scopes est défini par le GHG Protocol, le standard international de comptabilité carbone adopté par la quasi-totalité des grandes entreprises et reconnu par la CSRD.
Le Scope 1 couvre les émissions produites directement par l'entreprise : combustion de carburant dans ses véhicules de flotte, chaudières et systèmes de chauffage, procédés industriels internes. Ce sont les émissions sur lesquelles l'entreprise a le contrôle le plus direct.
Pour une direction marketing ou une agence digitale, le Scope 1 est généralement faible : quelques véhicules, des équipements de bureau. Il n'est pas le sujet central.
Le Scope 2 couvre les émissions liées à la consommation d'électricité, de chaleur ou de vapeur achetée à l'extérieur. C'est l'empreinte des bureaux, des serveurs internes, des équipements informatiques alimentés par le réseau électrique.
En France, le Scope 2 est relativement faible grâce au mix électrique peu carboné (nucléaire dominant). Il est plus élevé pour les entreprises dont les serveurs ou les partenaires sont localisés dans des pays à mix charbon dominant.
Le Scope 3 regroupe toutes les émissions qui se produisent en dehors du périmètre direct de l'entreprise, en amont et en aval de son activité. C'est de loin le scope le plus large : pour la plupart des entreprises de services, il représente 70 à 90% de l'empreinte totale.
Il se décompose en 15 catégories selon le GHG Protocol. Les plus pertinentes pour les équipes marketing sont :
Pour une entreprise qui dépense plusieurs millions d'euros en publicité digitale chaque année, le Scope 3 catégorie 1 peut représenter plusieurs dizaines de tonnes de CO2. C'est souvent l'un des premiers postes d'émission quand on cartographie correctement le périmètre.
Deux raisons expliquent pourquoi le Scope 3 est difficile à mesurer et souvent sous-estimé :
C'est précisément le fossé que la CSRD oblige à combler. Ce que le Scope 3 signifie précisément pour le digital est détaillé dans notre FAQ dédiée.
Concrètement, voici ce que la structure en trois scopes implique pour une direction marketing :
Chaque euro dépensé en Google Ads, Meta Ads, programmatic, ou auprès d'une agence media génère des émissions qui entrent dans votre Scope 3 catégorie 1. Ce n'est pas l'empreinte de Google ou de Meta : c'est votre empreinte, en tant qu'acheteur de ces services.
Un chiffre annuel agrégé « votre compte a émis X tonnes cette année » n'est pas conforme à la CSRD. Le reporting exige une donnée par poste d'émission, avec une méthodologie documentée et une piste d'audit. Les plateformes ne fournissent pas encore ça de façon standardisée.
Les équipes RSE savent qu'elles doivent déclarer le Scope 3. Mais elles ne savent pas comment calculer l'empreinte d'une campagne programmatic. Les équipes media ont les données d'impressions, de formats, de volumes. Mais elles ne savent pas quoi en faire pour un reporting carbone. Combler ce fossé est le premier chantier.
Un point de confusion fréquent : où classer les émissions des serveurs des plateformes publicitaires ?
Quand Google diffuse votre publicité depuis ses datacenters, l'énergie consommée par ces serveurs est le Scope 2 de Google. Pour vous, annonceur, c'est du Scope 3 catégorie 1 (achat de services).
La distinction compte pour éviter le double comptage dans les bilans sectoriels, mais pour votre reporting d'entreprise, la règle est simple : tout ce que vous achetez à l'extérieur et qui génère des émissions, c'est votre Scope 3.
Pour aller plus loin
Carbalytics mesure l'empreinte carbone de vos campagnes selon les référentiels conformes CSRD, avec la granularité par levier exigée par les auditeurs.