MÉTHODOLOGIE

Charlène Grenet
Juin 2026 · 8 min de lecture
Quand deux rapports d'empreinte carbone donnent des chiffres différents pour la même campagne, c'est presque toujours une question de facteurs d'émission. Ces facteurs sont le coeur du calcul : ils traduisent une unité d'activité (une impression, un Go transféré, une heure de streaming) en émissions de CO2. Comprendre d'où ils viennent et pourquoi ils varient est indispensable pour interpréter les données et choisir une méthode.
Un facteur d'émission est un coefficient qui exprime la quantité de gaz à effet de serre émise par unité d'activité. Pour la publicité digitale, les facteurs clés sont exprimés en gCO2e par Go de données transférées, en gCO2e par heure d'utilisation d'un terminal, ou en gCO2e par kWh d'électricité consommée.
Ces facteurs sont calculés à partir de mesures empiriques (consommation réelle d'appareils en test), de modèles théoriques basés sur les caractéristiques des équipements, ou de données déclaratives publiées par les opérateurs et les plateformes. La source du facteur détermine sa fiabilité et son niveau de précision.
Notre définition complète des facteurs d'émission couvre les bases du concept et les principales sources disponibles.
NégaOctet est le référentiel français développé par un consortium académique et industriel. Il fournit des facteurs de consommation électrique par type d'équipement terminal (smartphone, ordinateur portable, TV connectée) et par type de réseau (wifi, 4G, 5G, fibre).
Ces facteurs sont calculés selon une approche cycle de vie qui inclut non seulement la phase d'usage mais aussi la part amortie de la fabrication des équipements. C'est ce qui les rend plus complets que des facteurs basés uniquement sur la consommation électrique en usage.
La mise à jour de NégaOctet suit l'évolution des équipements et des infrastructures réseau. Les facteurs 5G, par exemple, font encore l'objet de travaux de précision en 2026 car les déploiements sont récents et les données de consommation réelle encore partielles.
La Base Carbone ADEME fournit les facteurs d'émission du kWh électrique par pays, mis à jour annuellement. En France, ce facteur est l'un des plus bas d'Europe grâce au mix nucléaire et aux renouvelables. En Allemagne ou en Pologne, où le charbon reste présent, il est significativement plus élevé.
Ce facteur est celui qui convertit une consommation en kWh (fournie par NégaOctet ou Greenspector) en émissions en kgCO2e. C'est l'étape finale du calcul. Les facteurs officiels de l'ADEME détaillent comment les utiliser correctement.
Greenspector produit des mesures empiriques de la consommation réelle de formats publicitaires sur des appareils physiques réels. Contrairement aux facteurs NégaOctet (modèles par type d'équipement), les données Greenspector mesurent ce que consomme réellement un Reel Instagram de 30 secondes sur un iPhone 14, ou une bannière display HTML5 sur un Samsung Galaxy S22.
Ces mesures sont plus précises pour les formats spécifiques, mais elles sont liées aux versions d'applications et de systèmes d'exploitation au moment du test. Elles doivent être mises à jour quand les plateformes modifient leurs applications.
Plusieurs choix méthodologiques expliquent les écarts entre calculs d'empreinte utilisant les mêmes données de volume.
Certaines méthodes comptabilisent uniquement les émissions liées aux serveurs et aux réseaux, en excluant la consommation des terminaux utilisateurs (le smartphone ou l'ordinateur qui affiche la publicité). D'autres incluent les terminaux.
La différence est significative : le terminal peut représenter 30 à 50% de l'empreinte totale d'une impression selon le type d'appareil et le type de réseau. Une méthode qui exclut les terminaux produit systématiquement des chiffres plus bas.
NégaOctet inclut une part amortie de la fabrication des équipements dans ses facteurs. D'autres référentiels n'incluent que la phase d'usage. La différence est importante pour les terminaux (smartphones, ordinateurs) dont la fabrication est très émettrice.
Pour les serveurs des datacenters, l'approche usage seul est souvent retenue car la durée de vie des serveurs est plus longue et les données de fabrication moins accessibles.
Une campagne diffusée sur un serveur localisé en Islande (géothermie, mix électrique quasi nul) émet infiniment moins qu'une campagne sur un serveur localisé en Pologne à consommation électrique identique. Le choix du mix électrique appliqué aux serveurs des plateformes est un paramètre critique qui varie selon les méthodes.
La plupart des méthodes appliquent le mix électrique du pays d'hébergement déclaré par la plateforme, ou à défaut un mix européen moyen. C'est une hypothèse, pas une mesure.
Toujours citer le référentiel et la version.Un chiffre d'empreinte sans source n'est pas comparable à un autre chiffre. "Nous avons émis 50 kgCO2e sur notre display programmatic" ne dit rien sur la méthode. "50 kgCO2e calculés selon le référentiel SRI/Alliance Digitale V2, NégaOctet 2023, ADEME Base Carbone millésime 2023, périmètre incluant les terminaux" dit tout.
Ne pas comparer des chiffres issus de méthodes différentes.Comparer votre empreinte calculée avec NégaOctet à celle d'un concurrent calculée avec une méthode propriétaire n'a pas de sens. La comparabilité n'existe qu'à méthode égale.
Privilégier la cohérence dans le temps à la précision absolue. Il vaut mieux appliquer la même méthode pendant 5 ans (même si elle est imparfaite) que de changer de référentiel chaque année. La CSRD exige la comparabilité dans le temps, ce qui impose la stabilité méthodologique.
Pour aller plus loin
Carbalytics applique les facteurs d'émission issus des référentiels reconnus à vos données de campagnes et documente chaque choix méthodologique.
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