MÉTHODOLOGIE

Charlène Grenet
Mai 2026 · 6 min de lecture
Les rapports d'empreinte carbone des campagnes digitales mélangent des unités que la plupart des équipes media ne manipulent pas encore : gCO2e par impression, kgCO2e par campagne, TEC, kWh. Ce vocabulaire crée des incompréhensions et des erreurs d'interprétation. Ce guide clarifie chaque unité, explique les conversions et donne les ordres de grandeur utiles pour le pilotage.
Toutes les mesures d'empreinte carbone s'expriment en CO2 équivalent (CO2e ou CO2eq). Le "équivalent" est important : on ne mesure pas uniquement les émissions de CO2, mais l'ensemble des gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d'azote, HFC...) convertis en une unité commune sur la base de leur pouvoir de réchauffement global (PRG sur 100 ans).
Cette conversion permet de comparer et d'additionner des émissions de gaz différents dans un seul chiffre. C'est cette unité que le GIEC, la CSRD et tous les référentiels utilisent.
L'empreinte carbone s'exprime à des échelles très différentes selon le niveau d'analyse. Voici les préfixes du plus petit au plus grand :
Notre définition complète du TEC précise les nuances d'usage.
1 TEC = 1 tCO2e = 1 000 kgCO2e = 1 000 000 gCO2e
En pratique pour les campagnes digitales :
Les ordres de grandeur à connaître par levier donnent des benchmarks plus détaillés par type de campagne.
Le kilowattheure (kWh) n'est pas une unité d'émission carbone : c'est une unité d'énergie. Il intervient comme étape intermédiaire dans le calcul d'empreinte.
Le processus : on estime d'abord la consommation électrique en kWh d'une activité numérique (un serveur qui traite des enchères, un réseau qui transfère des données, un terminal qui affiche une publicité). On multiplie ensuite par le facteur d'émission du mix électrique local (en kgCO2e/kWh, issu de la Base Carbone ADEME) pour obtenir l'empreinte en kgCO2e.
Le kWh apparaît donc dans les méthodologies et les données sources, mais rarement dans les rapports finaux destinés aux équipes marketing ou aux directions RSE. Si vous voyez des kWh dans un rapport d'empreinte campagne, c'est une étape intermédiaire du calcul, pas le chiffre final.
Dans les rapports d'empreinte media, la donnée est souvent exprimée par 1000 impressions (CPM carbone, par analogie avec le coût pour mille). Cela permet de comparer des leviers à des volumes différents sur une base commune.
Exemple de lecture : "le display vidéo outstream émet 5 gCO2e pour 1000 impressions" signifie que chaque millier d'impressions vidéo génère 5 grammes de CO2 équivalent. Pour 10 millions d'impressions, le calcul est : 10 000 (milliers d'impressions) x 5 g = 50 000 g = 50 kgCO2e.
Cette unité est celle utilisée dans le référentiel SRI/Alliance Digitale et dans la plupart des outils de mesure du marché. C'est la bonne unité pour les arbitrages media au quotidien.
Confondre kgCO2 et kgCO2e. Le CO2 pur est un gaz parmi d'autres. Le CO2e inclut tous les GES. Dans les rapports d'empreinte numérique, c'est toujours CO2e qui est utilisé. Si vous voyez "kgCO2" sans le "e", vérifiez si le rapport est bien en équivalent ou s'il exclut certains gaz.
Comparer des chiffres calculés avec des méthodes différentes. Un gCO2e par impression calculé avec NégaOctet et un autre calculé avec une méthode propriétaire ne sont pas comparables. L'unité est la même, la valeur peut varier d'un facteur 2 à 5 selon les hypothèses. Les facteurs d'émission officiels ADEME expliquent pourquoi la source des facteurs est aussi importante que l'unité.
Oublier de préciser la période. "Notre campagne a émis 50 kgCO2e" ne veut rien dire sans préciser si c'est sur un mois, un trimestre ou une année. Toujours associer le chiffre à une période et à un périmètre de leviers.
Pour aller plus loin
Carbalytics produit des rapports structurés avec les unités expliquées et les ordres de grandeur contextualisés pour vos équipes.