STRATÉGIE MEDIA

Charlène Grenet
Août 2026 · 8 min de lecture
Le meilleur moment pour intégrer l'impact carbone dans un plan media n'est pas pendant la campagne, ni après. C'est lors de la conception. Une fois que le plan est validé, les budgets alloués, les contrats éditeurs signés : les marges de manœuvre sont limitées. En amont, en revanche, intégrer un critère carbone dans la sélection des leviers ne coûte rien et peut réduire l'empreinte de 20 à 30% sans affecter la performance. Voici la méthode.
Intégrer le carbone dans le media planning ne signifie pas abandonner les objectifs de performance au profit d'objectifs environnementaux. C'est ajouter un troisième axe d'évaluation aux deux qui existent déjà : la couverture/reach et le coût.
La grille de sélection des leviers devient :
Ce troisième critère ne remplace pas les deux premiers. Il les complète. Et dans la très grande majorité des cas, il confirme les arbitrages que la performance suggérait déjà : les leviers à fort CPM avec de mauvais résultats sont souvent aussi les plus émetteurs.
Comment se calcule l'empreinte par levier donne les ordres de grandeur à intégrer dans la grille.
Lors de la construction du plan, positionner chaque levier envisagé sur deux axes : performance attendue (reach qualifié, taux de conversion estimé) et empreinte indicative (basée sur les benchmarks sectoriels ou les données historiques).
Quatre configurations se présentent.
Haute performance, faible empreinte : c'est le quadrant idéal. Search texte sur requêtes intentionnistes, social image sur ciblages précis, email sur base active et segmentée. Ces leviers doivent être développés en priorité.
Haute performance, forte empreinte : la performance justifie le maintien, mais le levier doit être optimisé. Réduire les formats lourds, améliorer le viewability, raccourcir la chaîne d'achat. Typiquement : programmatic display sur inventaires premium, vidéo sur plateformes avec fort taux de complétion.
Faible performance, faible empreinte : la performance n'est pas au rendez-vous mais l'empreinte est acceptable. Ces leviers méritent une reconfiguration (nouveau ciblage, nouveau format) plutôt qu'une suppression.
Faible performance, forte empreinte : ce sont les premiers candidats à la réduction ou à la suppression. Typiquement : vidéo outstream programmatic sur inventaire open market avec faible taux de complétion, display rich media sur placements à faible viewability.
La matrice d'arbitrage à 4 quadrants détaille la logique et donne des exemples de leviers dans chaque quadrant.
Avant même de briefer l'agence, le media brief interne doit inclure un objectif carbone au même titre que les objectifs de performance.
Formulation recommandée : "Ce plan media vise un ROAS minimum de [X] sur la durée de la campagne, avec une empreinte carbone maximale de [Y] kgCO2e et une réduction d'au moins [Z%] par rapport au plan de l'exercice précédent."
Si c'est le premier plan avec un objectif carbone, remplacer la référence à l'exercice précédent par : "avec une empreinte par conversion inférieure à [X] gCO2e, basée sur les benchmarks sectoriels."
Lors de la construction du plan, certains choix ont un impact carbone disproportionné. Les identifier et les traiter explicitement :
Le choix du format vidéo : une campagne vidéo en autoplay outstream sur open market émet 5 à 10 fois plus qu'une campagne vidéo instream avec taux de complétion validé. À objectif de notoriété équivalent, le format fait toute la différence.
La part du programmatic open market vs deals directs : le programmatic open auction est commoditisé mais passe par des chaînes longues. Les PMP et preferred deals sont légèrement plus chers au CPM mais réduisent la chaîne d'achat et améliorent l'empreinte par impression délivrée.
La géographie de diffusion : pour les campagnes paneuropéennes, la diffusion dans des pays à mix électrique carboné (Pologne, République Tchèque, Allemagne) génère une empreinte plus élevée qu'en France ou en Suède à volume équivalent. Si la cible le permet, pondérer les investissements en faveur des marchés à mix plus sobre.
La durée des créatifs vidéo : une vidéo de 30 secondes émet deux fois plus qu'une vidéo de 15 secondes à volume d'impressions identique. Si l'objectif peut être atteint avec un format court, c'est le bon choix carbone et souvent le bon choix coût.
Intégrer le carbone dans la conception du plan change la façon dont le bilan post-campagne est lu. Aux indicateurs habituels (impressions délivrées, clics, conversions, ROAS), s'ajoute :
Ces écarts alimentent l'amélioration du prochain plan : les leviers qui ont sur-émis par rapport aux prévisions sont ceux où les benchmarks étaient mal calibrés ou les configurations effectives différentes du plan.
Comment suivre l'empreinte en cours de campagne explique comment construire le suivi opérationnel qui permet d'identifier ces écarts en temps réel.
Pour aller plus loin
Carbalytics peut mesurer l'empreinte de votre plan actuel et simuler des scénarios alternatifs pour vous aider à optimiser la conception du prochain plan.
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