SCOPE 3 ET CONFORMITÉ

Scope 3 catégorie 1 vs catégorie 11 : comment classer vos achats de publicité digitale

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Mai 2026  ·  7 min de lecture

Tableau de classification des catégories Scope 3 du GHG Protocol appliqué aux achats digitaux

Quand une direction RSE commence à cartographier son Scope 3 digital, une question revient systématiquement : la publicité digitale va en catégorie 1 ou en catégorie 11 ? La réponse dépend du modèle d'affaires, et elle a des implications sur le périmètre de reporting. Voici les règles du GHG Protocol appliquées aux achats digitaux.

Les 15 catégories du Scope 3

Le GHG Protocol découpe le Scope 3 en 15 catégories, réparties entre émissions amont (upstream) et émissions aval (downstream). Pour les équipes marketing, deux catégories sont centrales.

Catégorie 1 : achats de biens et services. Toutes les émissions liées aux produits et services achetés par l'entreprise à des tiers. C'est la catégorie amont par excellence.

Catégorie 11 : utilisation des produits vendus. Les émissions générées par les clients lors de l'utilisation des produits ou services que l'entreprise vend. C'est une catégorie aval, qui concerne les entreprises dont les clients consomment de l'énergie pour utiliser leurs produits.

La règle de classement pour la publicité digitale

Pour la quasi-totalité des annonceurs, les achats de publicité digitale relèvent de la catégorie 1.

La logique est simple : vous achetez un service (la diffusion de publicités) à un prestataire (Google, Meta, une agence, un éditeur). Ce service génère des émissions lors de sa production et de sa délivrance. Ces émissions sont dans votre Scope 3 catégorie 1, au même titre que vos achats de papier, de mobilier ou de conseil.

Règle de base : si vous payez quelqu'un pour un service et que ce service consomme de l'énergie, c'est votre Scope 3 catégorie 1.

Quand la catégorie 11 peut entrer en jeu

La catégorie 11 s'applique quand votre entreprise vend un produit ou service numérique que vos clients utilisent directement, et que cette utilisation consomme de l'énergie.

Exemples où la catégorie 11 est pertinente :

Une plateforme SaaS dont les clients accèdent quotidiennement à l'interface (le trafic client génère des émissions)
Un éditeur de site e-commerce dont les visiteurs naviguent et consomment de la bande passante
Un service de streaming qui délivre de la vidéo aux utilisateurs finaux

Dans ces cas, le site web lui-même et son trafic entrent en catégorie 11 : ce sont les émissions générées par vos clients en utilisant votre produit.

La distinction pratique : les campagnes que vous achetez pour générer ce trafic restent en catégorie 1. Le trafic lui-même, et l'utilisation de votre site par vos clients, peut relever de la catégorie 11 selon votre modèle.

Les cas mixtes à trancher

Certaines configurations créent une ambiguïté qui doit être documentée dans votre méthodologie de reporting.

Cas 1 : l'annonceur pur (marque de grande consommation)

Vous achetez de la publicité pour vendre des produits physiques. Toutes vos dépenses digitales (media, agence, SaaS marketing) vont en catégorie 1. Votre site institutionnel peut aller en catégorie 11 si vous considérez qu'il fait partie de votre service aux clients. Dans la pratique, la plupart des entreprises B2C le classent en catégorie 1 par simplicité.

Cas 2 : la plateforme digitale (e-commerce, SaaS)

Vos campagnes media vont en catégorie 1. Votre plateforme et le trafic client qu'elle génère vont en catégorie 11. Le site web hébergé est partagé entre les deux selon l'usage (interne vs client).

Cas 3 : l'agence media

L'agence achète des médias pour le compte de ses clients. Ces achats sont dans le Scope 3 catégorie 1 de l'agence (achat de services). Pour le client final, ils restent en catégorie 1. Il n'y a pas de double comptage : chaque entité comptabilise son propre Scope 3.

Ce que la CSRD exige sur ce point

La CSRD, via les standards ESRS E1, demande d'identifier les catégories Scope 3 significatives et de les justifier. Vous n'êtes pas obligé de déclarer les 15 catégories, mais vous devez démontrer que vous avez évalué leur pertinence et justifié celles que vous avez exclues.

Pour une entreprise avec un budget media significatif, exclure la catégorie 1 sans justification serait problématique à l'audit. Ce que le Scope 3 recouvre exactement pour le digital est détaillé dans notre FAQ.

Les exigences concrètes :

1
Documenter la méthode de classification retenue
2
Justifier les catégories incluses et exclues
3
Utiliser un référentiel reconnu pour le calcul (NégaOctet, ADEME Base Carbone)
4
Conserver les données sources pour l'audit

L'impact sur votre périmètre de reporting

Le choix de classement n'a pas d'impact sur le chiffre total des émissions, mais il a un impact sur la structure de votre reporting et sur les catégories que votre commissaire aux comptes vérifiera.

Une règle de cohérence s'impose : si vous classez votre site web en catégorie 11 une année, vous devez maintenir ce classement les années suivantes. La comparabilité dans le temps est une exigence explicite de la CSRD.

Le guide complet sur les trois scopes explique la structure d'ensemble pour les équipes qui débutent sur ce sujet.

Pour aller plus loin

Vous devez classer vos émissions digitales dans votre bilan Scope 3 ?

Carbalytics structure la donnée par catégorie Scope 3, avec la méthodologie documentée pour votre commissaire aux comptes.

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