STRATÉGIE

Charlène Grenet
Août 2026 · 7 min de lecture
Convaincre une direction générale ou une direction financière d'investir dans la mesure de l'empreinte carbone des campagnes media demande de parler le bon langage. Pas celui de la RSE militante, pas celui de la conformité abstraite. Celui du risque, du coût, et de la performance. Voici les arguments structurés pour construire ce business case.
Un business case efficace sur la mesure carbone media s'appuie sur quatre arguments distincts, qui s'adressent à des interlocuteurs différents au sein de la direction.
C'est l'argument qui s'adresse à la direction juridique et au DAF. La CSRD impose aux entreprises concernées de déclarer leurs émissions Scope 3, dont les achats de publicité digitale. L'absence de donnée ou une donnée non conforme aux exigences méthodologiques crée un risque lors de l'audit du rapport de durabilité.
Le risque n'est pas seulement réputationnel : un rapport de durabilité non conforme peut être rejeté par le commissaire aux comptes, ce qui crée une obligation de correction et potentiellement des sanctions dans les entreprises soumises à l'obligation de vérification.
L'obligation réglementaire qui justifie l'investissement précise qui est concerné et le calendrier.
C'est l'argument qui s'adresse au directeur marketing et au directeur financier. La plupart des leviers de réduction d'empreinte carbone sont aussi des leviers de réduction de coûts ou d'amélioration du ROAS.
Ces économies financent tout ou partie de l'investissement dans la mesure.
Comment l'arbitrage améliore simultanément performance et empreinte détaille la logique des optimisations à double bénéfice.
C'est l'argument qui s'adresse aux équipes commerciales et à la direction générale pour les entreprises B2B. De plus en plus de grands donneurs d'ordre intègrent des critères carbone dans leurs appels d'offres fournisseurs. Être en mesure de produire un bilan carbone de ses prestations digitales est un avantage concurrentiel réel dans ces sélections.
Pour une agence media ou un éditeur, la capacité à mesurer et à déclarer l'empreinte des campagnes gérées pour le compte de clients grands comptes est une différenciation de plus en plus discriminante dans les AO.
C'est l'argument qui s'adresse à la direction communication et à la direction générale. La Green Claims Directive européenne durcit les règles sur les allégations environnementales dans la publicité. Une entreprise qui communique sur ses engagements RSE avec des campagnes media dont elle n'a pas mesuré l'empreinte s'expose à des risques d'accusations de greenwashing.
La mesure de l'empreinte media, même si elle révèle une empreinte non nulle, est une protection contre ce risque : elle démontre la démarche de mesure et de réduction, qui est plus défendable que l'absence de donnée.
Pour qu'un business case soit actionnable, il doit contenir des chiffres. Voici comment les produire.
Estimer le potentiel de réduction d'empreinte.Un audit de l'empreinte actuelle par levier permet d'identifier les leviers avec le moins bon ratio empreinte/performance. Dans la plupart des plans media, 20 à 30% de réduction d'empreinte est atteignable sans perte de performance mesurable, en activant SPO, nettoyage base email, et optimisation viewability.
Quantifier le gain financier associé.Pour chaque levier de réduction, calculer l'économie financière directe (coût d'intermédiation programmatic, coût d'envoi email, coût placements à faible viewability) ou l'amélioration de performance (impressions vues à budget constant, conversions supplémentaires sur le budget réalloué).
Comparer à l'investissement dans la mesure.L'investissement dans un outil ou un prestataire de mesure est à comparer avec les économies identifiées. Dans la plupart des cas, les économies sur le SPO et le nettoyage des bases couvrent largement le coût de la mesure sur la première année.
Première réunion (15 minutes) : présenter le risque de conformité et le potentiel.Montrer les chiffres de l'empreinte estimée (basée sur les volumes actuels et les benchmarks sectoriels), le calendrier CSRD, et une estimation du potentiel de réduction et des économies associées. Demander l'accord pour un diagnostic.
Deuxième réunion (après le diagnostic) : présenter les chiffres réels et les recommandations.Une fois l'empreinte mesurée sur les données réelles, le business case est factuel. Les leviers sont identifiés, les économies sont chiffrées, le plan d'action est proposé.
Pour aller plus loin
Carbalytics peut réaliser un diagnostic de l'empreinte de vos campagnes actuelles pour chiffrer le potentiel de réduction et alimenter votre business case.
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