MÉTHODOLOGIE

Charlène Grenet
Juin 2026 · 8 min de lecture
Le DOOH (Digital Out Of Home, l’affichage publicitaire sur écran numérique) explose dans les plans media. Gares, centres commerciaux, mobilier urbain, abribus : les écrans remplacent l’affiche papier. Côté carbone, beaucoup d’annonceurs le rangent à tort dans la même case que le display web. C’est une erreur de modèle. Le DOOH se mesure autrement, et son poste dominant n’a rien à voir avec celui d’une bannière.
Cet article complète notre guide complet de l’empreinte carbone des campagnes digitales sur un levier encore peu documenté côté mesure.
Une bannière web n’existe que lorsqu’une impression est servie : un terminal la charge, des données transitent, l’émission est proportionnelle au volume d’impressions. Un écran DOOH, lui, consomme de l’électricité en continu, qu’une personne le regarde ou non. Un écran de gare reste allumé toute la journée. Son empreinte ne dépend pas du nombre d’impressions servies mais de sa puissance électrique multipliée par sa durée d’allumage.
Conséquence directe : le facteur d’émission par impression utilisé pour le display (de l’ordre de 1,5 gCO₂e pour 1 000 impressions selon le SRI et NégaOctet) n’est pas transposable au DOOH. Appliquer ce chiffre à un écran reviendrait à ignorer l’essentiel de ses émissions.
L’empreinte d’une campagne DOOH se décompose en trois postes, dont l’ordre d’importance s’inverse par rapport au display web.
| Poste | Ce qu’il recouvre | Poids relatif |
|---|---|---|
| Consommation des écrans | Électricité de l’écran pendant sa durée d’allumage (souvent 16 à 24 h/jour) | Dominant |
| Diffusion et réseau | Serveurs de diffusion, transfert des créatifs vers le parc d’écrans, pilotage | Secondaire |
| Production du créatif | Tournage, encodage, poids du fichier diffusé en boucle | Marginal à secondaire |
Sur le display web, la chaîne d’achat programmatique pèse lourd. Sur le DOOH, c’est la consommation électrique des écrans qui domine, et de loin. Un écran grand format peut consommer de plusieurs centaines de watts à quelques kilowatts. Multiplié par des heures d’allumage et par un parc entier, le total devient le vrai sujet.
Puisque l’essentiel de l’empreinte vient de l’électricité, le lieu de diffusion change tout. La même campagne sur le même écran n’émet pas la même chose à Paris et à Varsovie. En France, le mix électrique est faiblement carboné (de l’ordre de 60 gCO₂e/kWh selon l’ADEME Base Carbone), grâce au nucléaire et aux renouvelables. Dans un pays à électricité charbon, le facteur peut être cinq à dix fois supérieur.
C’est un point que la mesure doit refléter. Un calcul DOOH sérieux croise la consommation réelle des écrans avec le facteur électrique du pays de diffusion, pas un facteur moyen mondial.
Le DOOH se vend souvent en OTS (Opportunity To See) ou en impressions estimées via des données d’audience. Ces métriques servent à comparer la portée, pas à mesurer l’empreinte. Deux écrans peuvent afficher le même nombre d’OTS avec des consommations électriques très différentes selon leur taille, leur technologie (LED, LCD) et leur durée d’allumage.
Rapporter l’empreinte à l’impression reste utile pour comparer le DOOH aux autres leviers d’un plan, mais le calcul doit partir de l’énergie, puis se ramener à l’impression, jamais l’inverse.
Cette logique rejoint celle des ordres de grandeur par levier : tant qu’on ne descend pas au niveau du levier réel, le chiffre reste une estimation grossière. Pour les formats vidéo diffusés sur ces écrans, les principes d’optimisation rejoignent ceux de la réduction de la consommation énergétique des campagnes.
Ce qu’il faut retenir
Le DOOH ne se mesure pas comme le display web. Son empreinte vient d’abord de l’électricité consommée par les écrans, pas du nombre d’impressions servies. Le facteur d’émission display ne s’y applique pas.
Un calcul fiable part de la consommation réelle du parc d’écrans et du mix électrique de diffusion. C’est à cette condition que le DOOH entre proprement dans un reporting et dans un arbitrage media.
Carbalytics modélise l’empreinte de vos écrans selon leur consommation réelle et le mix électrique de diffusion.
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