MÉTHODOLOGIE

Empreinte carbone de l'email marketing : calcul, benchmarks et leviers d'optimisation

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Juillet 2026  ·  7 min de lecture

Schéma du calcul d'empreinte carbone d'une campagne email avec les postes serveurs d'envoi, réseau et terminal utilisateur

L'email marketing est souvent sous-estimé dans les bilans carbone des campagnes digitales. Son empreinte unitaire est faible, quelques grammes de CO2 par email envoyé, mais ses volumes sont massifs et deux postes sont systématiquement ignorés : le stockage des bases de données et les envois sur contacts inactifs. Voici la méthode de calcul complète et les benchmarks pour calibrer l'enjeu.

Les trois postes d'émission de l'email marketing

L'empreinte carbone d'une campagne email se décompose en trois postes distincts, qui doivent être mesurés séparément pour identifier les leviers de réduction pertinents.

1. L'envoi : serveurs et réseau

L'envoi d'un email mobilise les serveurs de la plateforme d'envoi (Mailchimp, Brevo, Klaviyo...), les serveurs de réception (serveurs mail des destinataires), et les réseaux de transit entre les deux. C'est le poste le plus visible, mais pas toujours le plus important.

Les facteurs qui influencent l'empreinte à l'envoi : le volume total envoyé, le poids moyen de l'email (texte simple vs HTML avec images embarquées vs images hébergées), et le pays de destination (mix électrique des serveurs de réception).

Un email texte simple pèse quelques Ko et émet environ 0,3 à 0,5 gCO2e. Un email HTML avec images embarquées peut peser plusieurs centaines de Ko et émettre 3 à 4 gCO2e. Le ratio est d'un facteur 6 à 10 selon le format.

2. Le stockage : les bases de données en continu

C'est le poste le plus sous-estimé. Une base email est stockée en permanence sur des serveurs, qu'elle serve à envoyer des campagnes ou qu'elle reste inactive. Le stockage d'un contact représente une faible empreinte unitaire, mais à grande échelle et dans la durée, les volumes s'accumulent.

Le calcul : nombre de contacts en base × facteur de stockage par contact et par an. Ce facteur est faible (de l'ordre de quelques dizaines de milligrammes de CO2 par contact et par an), mais sur une base de 500 000 contacts stockés pendant 5 ans sans nettoyage, l'accumulation devient mesurable.

3. L'ouverture et la consultation : le terminal de l'utilisateur

Quand un destinataire ouvre un email, son terminal (ordinateur ou smartphone) charge le contenu. C'est l'étape qui produit l'empreinte la plus variable selon le comportement réel.

Un email ouvert sur ordinateur en wifi a une empreinte différente d'un email ouvert sur smartphone en 4G. Et un email ouvert mais immédiatement fermé émet moins qu'un email consulté pendant 30 secondes avec chargement des images. Cette granularité est difficile à mesurer sans données comportementales détaillées.

L'empreinte réelle d'un email = émissions à l'envoi + émissions de stockage + émissions à la consultation. La plupart des calculs ne comptabilisent que le premier poste.

Les benchmarks par type d'email

Les ordres de grandeur suivants sont issus des travaux de NégaOctet et de diverses études sectorielles. Ils s'entendent par email envoyé, hors stockage.

Email texte simple (newsletter interne, transactionnel léger) : 0,3 à 0,5 gCO2e
Email HTML standard (newsletter marketing avec quelques images) : 1 à 2 gCO2e
Email HTML riche (images embarquées, bannières, CTA multiples) : 3 à 4 gCO2e
Email avec pièce jointe (PDF, catalogue) : 5 à 10 gCO2e selon le poids

Sur une base de 300 000 contacts avec un email HTML standard envoyé chaque semaine : 300 000 × 1,5 g × 52 semaines = 23 400 kg CO2e par an, soit 23,4 tCO2e. Ce chiffre n'est pas négligeable dans un bilan Scope 3.

Les ordres de grandeur par levierpermettent de comparer l'email aux autres leviers du mix media.

L'empreinte par contact utile : le vrai indicateur

L'empreinte brute par email envoyé est peu utile pour les arbitrages. Ce qui compte pour une équipe marketing, c'est l'empreinte par contact réellement atteint, c'est-à-dire par email ouvert.

Exemple : une base de 200 000 contacts avec un taux d'ouverture de 15% génère 30 000 ouvertures réelles. Si l'empreinte totale de l'envoi est de 300 kgCO2e, l'empreinte par ouverture est de 10 gCO2e. Sur la même base nettoyée à 80 000 contacts actifs avec un taux d'ouverture de 35%, les 28 000 ouvertures coûtent 120 kgCO2e, soit 4,3 gCO2e par ouverture. Même résultat publicitaire (nombre d'ouvertures comparable), empreinte 60% plus faible.

Les leviers de réduction sur l'email

Nettoyer les bases régulièrement. C'est le levier avec le meilleur ratio effort/impact. Supprimer les contacts inactifs depuis 18 mois réduit l'empreinte proportionnellement au taux d'inactifs. Sur une base avec 50% d'inactifs, c'est 50% de l'empreinte d'envoi supprimée. Le levier nettoyage des bases est détaillé parmi les 8 actions à fort impact.

Alléger les formats.Passer d'un email HTML avec images embarquées à un email avec images hébergées (chargées uniquement si l'email est ouvert) réduit le poids de l'envoi d'un facteur 3 à 5. Pour les emails transactionnels, le format texte simple est souvent suffisant et émet 6 à 10 fois moins.

Segmenter les envois.Envoyer le bon email aux bons contacts plutôt que la même newsletter à toute la base. Un envoi segmenté à 30 000 contacts pertinents émet moins et convertit mieux qu'un envoi à 300 000 contacts non ciblés.

Optimiser la fréquence.Réduire la fréquence d'envoi sur les segments peu engagés. Un contact qui n'ouvre jamais les emails depuis 6 mois génère une empreinte d'envoi sans aucun résultat.

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