RÉGLEMENTATION CSRD

CSRD 2026 : ce qui change concrètement pour les directions marketing

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Juin 2026  ·  9 min de lecture

Signature d'un document de conformité CSRD et obligations réglementaires pour les entreprises

Réponse courte

En 2026, la CSRD ne concerne plus qu'une population réduite. La directive Omnibus, entrée en vigueur le 18 mars 2026, relève les seuils à 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net : environ 80 % des quelque 50 000 entreprises européennes visées à l'origine sortent du périmètre obligatoire, dont environ 6 000 françaises. Seules les entreprises d'intérêt public de plus de 500 salariés publient déjà. Les grandes entreprises qui dépassent les nouveaux seuils couvrent l'exercice 2027, donc un premier rapport en 2028. Pour les directions marketing, la donnée carbone des campagnes reste demandée, mais par les donneurs d'ordre et les appels d'offres plus que par le calendrier réglementaire.

Publié en juin 2026. Mis à jour le 23 septembre 2026 : seuils et calendrier Omnibus (directive publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026), calendrier par vague, ajout d'une FAQ.

La version de cet article publiée en juin annonçait une vague d'entreprises de plus de 250 salariés produisant son premier rapport en 2026. Ce calendrier n'existe plus. Voici l'état réel du dispositif, et ce qu'il implique pour les équipes marketing.

Qui est encore soumis à la CSRD en 2026 ?

La directive Omnibus I a suivi un parcours long : accord au Conseil le 16 décembre 2025, adoption du texte final le 24 février 2026, publication au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026, entrée en vigueur le 18 mars 2026. Elle relève les seuils d'application de la CSRD.

CritèreCSRD initialeAprès Omnibus
Salariés2501 000
Chiffre d'affaires net50 M€450 M€
Entreprises visées dans l'UEenviron 50 000environ 80 % de sorties du périmètre

Le calendrier de publication s'étale désormais ainsi :

PopulationPremier exercice couvertPremier rapport publié
Entreprises d'intérêt public de plus de 500 salariés, déjà soumises à la NFRD20242025, puis chaque année
Grandes entreprises dépassant les nouveaux seuils20272028
PME cotées et établissements concernés20282029

Sources : directive Omnibus I, publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026 et entrée en vigueur le 18 mars 2026 ; Portail RSE (seuils CSRD et critères d'application) ; échéance de transposition fixée au 19 mars 2027.

Ces seuils ne produiront leurs effets en France qu'après transposition. Les États membres ont jusqu'au 19 mars 2027 pour la CSRD. Tant que la transposition n'est pas publiée, les textes français en vigueur restent la référence : vérifiez votre situation auprès de votre commissaire aux comptes plutôt que sur un calendrier européen.

Ce que l'Omnibus change pour une direction marketing

Si votre entreprise compte moins de 1 000 salariés, la pression réglementaire directe disparaît. L'erreur serait d'en conclure que la demande de données carbone disparaît avec elle. Elle change d'émetteur.

✦Vos clients grands comptes restent soumis. Vos prestations entrent dans leur Scope 3 catégorie 1. Ils vous demanderont vos chiffres, même si vous n'avez aucune obligation propre.
✦Les appels d'offres publics et privés intègrent des critères environnementaux notés, indépendants de la CSRD.
✦Les agences media se voient réclamer une empreinte par campagne par leurs annonceurs, sans attendre 2028.
✦Les entreprises qui restent dans le périmètre gagnent du temps pour construire une donnée solide au lieu de produire une estimation dans l'urgence.

Une conséquence pratique : le rapport de force s'inverse. Hier, la direction RSE réclamait des chiffres au marketing pour boucler un rapport. Aujourd'hui, c'est un client ou un acheteur qui pose la question, pendant une négociation commerciale.

Quelles données la CSRD attend-elle du marketing ?

La CSRD ne vise pas le marketing en tant que tel. Elle impose un reporting sur les émissions de gaz à effet de serre couvrant les Scopes 1, 2 et 3. Les activités marketing entrent dans ce périmètre par trois portes, au sens du GHG Protocol.

Scope 3 catégorie 1 : les achats de services numériques

La publicité digitale achetée, les prestations d'agence, les abonnements aux plateformes et aux outils marketing. C'est le poste le plus significatif pour un annonceur dont le budget media se compte en centaines de milliers d'euros. L'ESRS E1 attend une donnée par poste significatif, avec une méthode documentée.

Scope 3 catégorie 11 : l'usage des services numériques vendus

Pour les entreprises dont les clients utilisent un service en ligne, le trafic généré par les campagnes et l'usage du site relèvent de cette catégorie. Le détail des catégories 1 et 11 appliquées à la publicité précise la frontière entre les deux.

Scope 3 catégorie 6 : les déplacements des équipes

Salons, tournages, déplacements clients. C'est souvent le seul poste marketing déjà présent dans les bilans carbone existants, parce qu'il passe par la comptabilité.

La répartition complète entre les trois scopes est détaillée dans notre guide Scope 1, 2 et 3 pour les équipes marketing.

Qu'est-ce que la vérification externe change concrètement ?

Le rapport de durabilité est vérifié par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant. Cette vérification change la nature des données acceptables : une estimation sans piste d'audit ne passe pas.

Pour l'empreinte des campagnes, produire une donnée vérifiable suppose trois choses :

✦Les exports de plateformes conservés, avec leur date d'extraction et le périmètre exact qu'ils couvrent.
✦La méthode de calcul documentée, avec la version du référentiel utilisée. En France, le référentiel SRI et Alliance Digitale V2, combiné à NégaOctet et à l'ADEME Base Carbone, constitue le cadre reconnu pour les campagnes digitales.
✦La traçabilité entre la donnée source et le chiffre publié : l'auditeur doit pouvoir refaire le calcul.

Les hypothèses et les versions de référentiels que Carbalytics applique sont publiées sur sa page méthodologie.

Pourquoi les équipes media bloquent

Les équipes media manipulent des données très granulaires : impressions, clics, conversions, ROAS par levier et par format. Ce qui manque, c'est la couche carbone au même niveau de détail.

Une estimation au forfait, un nombre fixe de grammes par impression appliqué à un budget entier, ne tient pas devant un auditeur. L'ESRS E1 attend une donnée structurée, avec une méthode documentée et des sources référencées.

Le fossé est organisationnel avant d'être technique. La direction RSE produit le rapport, les équipes media détiennent les données, et les deux se parlent rarement sur ce sujet.

Le principal risque sur le digital n'est pas d'afficher une empreinte trop haute. C'est de ne pas avoir de données du tout.

Par quoi commencer ?

✦Situez votre entreprise par rapport aux nouveaux seuils, et demandez à votre commissaire aux comptes où en est la transposition française.
✦Identifiez qui vous demandera la donnée en premier : un client grand compte, un acheteur, un appel d'offres. C'est cette échéance qui compte, pas 2028.
✦Collectez les volumes par levier. Les impressions, clics et vues existent dans les plateformes et les ad servers. La difficulté est l'extraction et la structuration, pas la disponibilité.
✦Mettez en place une collecte régulière plutôt qu'annuelle. Une fréquence trimestrielle permet d'agir en cours d'exercice au lieu de constater après coup.
✦Documentez le référentiel choisi dès le premier calcul. Reconstituer une méthode après coup coûte plus cher que de la poser au départ.
Les plateformes publicitaires ne conservent généralement pas les données de diffusion au-delà de 13 mois. Une entreprise qui attend la transposition de 2027 pour commencer publiera son premier exercice sans historique comparable. C'est la seule urgence réelle, et elle ne dépend d'aucune directive.

Questions fréquentes

Qui est encore soumis à la CSRD en 2026 ?

Les entreprises d'intérêt public de plus de 500 salariés, déjà soumises à la NFRD, qui publient depuis 2025 sur l'exercice 2024. Les autres grandes entreprises ne sont concernées que si elles dépassent les nouveaux seuils de la directive Omnibus, avec un premier rapport attendu en 2028 sur l'exercice 2027.

Quels sont les seuils CSRD après la directive Omnibus ?

Plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net, contre 250 salariés et 50 millions d'euros dans le texte initial. Environ 80 % des quelque 50 000 entreprises européennes visées à l'origine sortent du périmètre obligatoire, dont environ 6 000 françaises.

Ces nouveaux seuils s'appliquent-ils déjà en France ?

Pas encore. La directive Omnibus est entrée en vigueur le 18 mars 2026, après sa publication au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026. Les États membres ont jusqu'au 19 mars 2027 pour la transposer. Tant que la transposition française n'est pas publiée, les textes en vigueur restent la référence.

Les achats media entrent-ils dans le périmètre CSRD ?

Oui. La publicité digitale achetée et les prestations d'agence relèvent du Scope 3 catégorie 1 du GHG Protocol. L'usage des services numériques vendus relève de la catégorie 11, et les déplacements des équipes de la catégorie 6. L'ESRS E1 attend une donnée documentée par poste significatif.

Faut-il attendre 2028 pour mesurer ses campagnes ?

Les plateformes publicitaires ne conservent généralement pas les données de diffusion au-delà de 13 mois. Commencer en 2027 revient à publier un premier exercice sans historique comparable. Les clients grands comptes et les appels d'offres demandent par ailleurs ces chiffres bien avant l'échéance réglementaire.

Ce qu'il faut retenir

L'Omnibus a sorti 80 % des entreprises du périmètre obligatoire et repoussé les autres à 2028. La demande de données carbone sur les campagnes, elle, n'a pas attendu : elle vient désormais des clients et des acheteurs. Vous pouvez chiffrer vos propres volumes avec le simulateur gratuit, ou comparer les approches du marché dans notre comparatif des outils de mesure.

Pour aller plus loin

Vos campagnes doivent-elles entrer dans un reporting carbone ?

Carbalytics mesure l'empreinte de vos campagnes media avec la granularité et la piste d'audit attendues en ESRS E1.

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