RÉGLEMENTATION CSRD

CSRD 2026 : ce qui change concrètement pour les directions marketing

Charlène Grenet

Charlène Grenet

Juin 2026  ·  8 min de lecture

Signature d'un document de conformité CSRD et obligations réglementaires pour les PME

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) n'est pas une nouveauté en 2026 : elle s'applique progressivement depuis 2024. Mais 2026 marque une étape importante dans le calendrier : les entreprises de plus de 250 salariés ou dépassant 40 millions d'euros de chiffre d'affaires produisent leur premier rapport de durabilité sur l'exercice 2025. Pour les directions marketing de ces entreprises, les implications sont concrètes et immédiates.

Où en est le calendrier CSRD

La CSRD s'applique par vagues successives selon la taille des entreprises. En 2026, deux populations sont concernées de façon directe.

Les grandes entreprises déjà dans le dispositif depuis 2024 (plus de 500 salariés, EIP). Elles ont produit leur premier rapport en 2025 sur l'exercice 2024. En 2026, elles produisent leur deuxième rapport, avec un niveau d'exigence et de vérification accru. Le premier rapport était souvent partiel sur certains postes Scope 3. Le deuxième doit couvrir l'ensemble du périmètre significatif.

Les entreprises de plus de 250 salariés ou plus de 40 millions d'euros de CA. Elles publient leur premier rapport en 2026 sur l'exercice 2025. Pour elles, c'est la première confrontation avec les exigences de vérification externe et de granularité des données.

Note sur les changements Omnibus : fin 2025, la Commission européenne a proposé des ajustements au calendrier et au périmètre CSRD (paquet Omnibus). Les obligations de divulgation pour les grandes entreprises sont maintenues. Les délais pour les PME cotées ont été repoussés. Si votre entreprise est dans la première ou deuxième vague, vos obligations 2026 ne changent pas.

Ce que la CSRD exige des directions marketing

La CSRD ne vise pas spécifiquement le marketing. Elle exige des entreprises un reporting exhaustif sur leurs impacts environnementaux, y compris les émissions de GES sur l'ensemble du périmètre Scope 1, 2, 3. Les activités marketing entrent dans ce périmètre par plusieurs portes.

Les achats de services numériques (Scope 3 catégorie 1). La publicité digitale, les prestations d'agence, les abonnements aux plateformes et outils SaaS marketing : tout ce que le marketing achète à l'extérieur génère des émissions Scope 3. La CSRD exige une donnée par poste significatif, avec une méthode documentée.

L'empreinte du site web et des services digitaux clients (Scope 3 catégorie 11 pour certains modèles). Pour les entreprises dont les clients interagissent avec leurs services en ligne, le trafic généré par les campagnes et l'utilisation du site peut relever de la catégorie 11.

Les déplacements des équipes (Scope 3 catégorie 6). Les voyages des équipes marketing (salons, tournages, déplacements clients) font partie du périmètre. C'est souvent déjà mesuré dans les bilans carbone existants.

La définition et le périmètre exact de la CSRD sont détaillés dans notre FAQ.

Ce qui change concrètement en 2026

La vérification externe devient obligatoire

Le rapport de durabilité doit être vérifié par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant (OTI). Cette exigence change la nature des données acceptables : une estimation sans piste d'audit n'est plus suffisante.

Pour l'empreinte digitale, cela signifie : des exports de plateformes conservés, une méthode de calcul documentée avec les versions de référentiels utilisées, et une traçabilité entre les données sources et les chiffres publiés.

La double matérialité doit être documentée

La CSRD introduit le principe de double matérialité : les entreprises doivent évaluer non seulement leur impact sur l'environnement (matérialité d'impact), mais aussi les risques que le changement climatique fait peser sur leur activité (matérialité financière). Le principe de double matérialité est expliqué dans notre FAQ.

Pour les directions marketing, cela peut se traduire par : quels risques le durcissement réglementaire sur la publicité digitale fait-il peser sur nos investissements media ? Quels risques le renchérissement de l'énergie fait-il peser sur nos coûts de diffusion ?

Le Scope 3 doit être complet sur les postes significatifs

Le premier rapport pouvait être partiel, avec une note expliquant les données manquantes. Le deuxième rapport (2026 pour les grandes entreprises) est attendu plus complet. Les auditeurs vérifieront que les postes Scope 3 significatifs sont tous couverts, dont les achats de publicité digitale si le budget est matériel.

Ce que les directions marketing doivent faire maintenant

Confirmer si les achats media sont un poste Scope 3 significatif. En général, tout budget media annuel dépassant quelques centaines de milliers d'euros est considéré comme significatif et doit être inclus dans le reporting.
Collecter les données d'impressions et de volumes par levier. Les données existent dans les plateformes et les ad servers. Le défi est de les extraire, les centraliser et les structurer pour le calcul.
Choisir et documenter le référentiel de calcul. Le référentiel SRI/Alliance Digitale V2, combiné à NégaOctet et à l'ADEME Base Carbone, est le cadre reconnu pour la mesure de l'empreinte des campagnes digitales en France.
Construire la piste d'audit. Conserver les exports de données, documenter les hypothèses et les versions de référentiels utilisées. L'auditeur doit pouvoir reproduire le calcul à partir des données sources.

Les données à préparer côté équipes media détaille les étapes pratiques pour structurer cette collecte.

L'erreur à ne pas commettre

Attendre que la direction RSE fasse une demande formelle aux équipes media pour commencer à structurer les données. Dans la plupart des organisations, ce signal arrive au dernier moment, quand le rapport est en cours de rédaction. Les données d'impressions des campagnes passées ne sont pas toujours disponibles rétrospectivement dans les plateformes au-delà de 13 mois.

Le bon moment pour commencer à collecter les données d'empreinte media, c'est maintenant, pas quand l'auditeur les demande.

Pour aller plus loin

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